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Politique
Chronique |

Y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée

Mais Karl Blackburn a-t-il le potentiel de changer la course actuelle?

C’est ce que je me suis dit quand j’ai vu que Karl Blackburn, ancien député de Roberval, ex-directeur général du PLQ et, jusqu’à très récemment, président du Conseil du patronat, avait décidé de se lancer dans la course à la chefferie du Parti libéral du Québec. 

Alors qu’un cancer l’avait obligé à dire non à la possibilité de faire la course à l’automne dernier, il a retrouvé la santé durant les derniers mois, ce qui lui a permis de réfléchir de nouveau à un retour en politique.

Au-delà d’une petite dose de folie sympathique, les motivations de l’ancien organisateur en chef du PLQ sont plus profondes, comme il l’a expliqué dans son annonce d’aujourd’hui. Bien sûr, il y a la passion de la politique, qui ne l’a jamais vraiment quitté, et le désir de contribuer au débat public de façon plus partisane. Mais il y a aussi une opportunité qui découle d’une certaine faiblesse dans la course actuelle et d’une incapacité des candidats en lice à créer un véritable engouement au sein des troupes libérales.

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Mais Karl Blackburn a-t-il le potentiel de changer la course actuelle? Faisons le tour des éléments qui montrent en quoi cette candidature vient ébranler les candidats actuels et pourrait faire changer d’idée plusieurs membres libéraux.

Un profil libéral «provincial»

Tout d’abord, lorsqu’on regarde les forces en présence, on constate que Blackburn devient le premier candidat ayant des racines récentes au PLQ. Député lors du premier mandat de Jean Charest et organisateur en chef du parti de 2007 à 2013, le Bleuet entretient des liens très serrés avec le PLQ et tous ceux qui y ont milité au cours des vingt dernières années. Bien sûr, cela viendra aussi avec des questions inévitables sur des sujets comme les commissions Bastarache ou Charbonneau, mais aux yeux des libéraux, il évoquera plutôt les victoires de 2003, 2007 et 2008, des années glorifiées par de nombreux anciens militants.

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Un candidat d’expérience

L’autre aspect du profil du nouveau candidat qui pourrait séduire au PLQ, c’est son expérience politique. Bien entendu, sur ce terrain, Pablo Rodriguez peut se vanter d’avoir été ministre et lieutenant du Québec à Ottawa, mais Karl Blackburn sera le seul candidat pouvant affirmer avoir siégé à l’Assemblée nationale, avoir été adjoint parlementaire et connaître par cœur les rouages du gouvernement provincial de l’intérieur. Cette expérience constitue le principal manque de Charles Milliard actuellement, et c’est sur ce terrain que le nouveau candidat pourrait faire perdre des plumes à ses adversaires.

Un profil économique

Le dernier aspect sur lequel le candidat Blackburn pourra se différencier, c’est son expérience économique. Depuis 2013, lorsqu’il est devenu directeur des affaires publiques de l’entreprise Résolu, Karl Blackburn est devenu un acteur influent des milieux économiques.

Que ce soit dans le secteur de la foresterie ou, plus récemment, comme président du Conseil du patronat, il a eu à se positionner sur de nombreux enjeux tels que les tarifs, l’immigration économique, le développement régional et la croissance économique.

Cette expérience, qui se compare aisément à celle de Charles Milliard — l’autre candidat issu du milieu économique — ou à celle de Pablo Rodriguez, dont l’expérience économique est moins évidente, aura une influence importante dans le contexte actuel alors que l’économie sera au cœur de la prochaine campagne électorale au Québec.

Une compréhension des régions francophones

On pourrait aussi ajouter le fait qu’il soit issu d’une région résolument francophone, et qu’il amènera certainement dans la course des pistes de solution pour rétablir une certaine confiance entre les francophones et le PLQ.

Malgré la perception qu’on en a aujourd’hui, de 2003 à 2018, les libéraux pouvaient compter sur une base plus solide chez les francophones, ce qui leur a permis plusieurs victoires. Peu importe les sondages actuels, s’ils ne renouent pas avec cet électorat, il leur est impossible d’envisager un retour au pouvoir. Karl Blackburn pourrait ainsi représenter une lueur d’espoir supplémentaire pour plusieurs militants.

Tout ne sera pas rose pour le nouveau candidat. Même s’il présente un profil très avantageux, la course est déjà bien entamée, et son organisation devra travailler d’arrache-pied. Il devra également répondre à de nombreuses questions sur certaines contradictions entre ses prises de position récentes et celles du PLQ, ainsi que sur son opinion quant au passé peu glorieux du parti.

Cela dit, cette course, qui n’avait plus grand-chose à raconter depuis le rejet de la candidature de Denis Coderre, vient assurément de prendre un nouveau souffle. On verra après l’élection fédérale si ce souffle se confirme à l’interne du parti et s’il se reflète à l’extérieur. Cela dépendra notamment de la réaction des sondages à cette nouvelle annonce, et de la rapidité avec laquelle son organisation s’implantera.

Cependant, si l’on se fie uniquement à son profil, il a tous les éléments pour venir changer la dynamique. Reste à voir si cela l’amènera à la victoire.

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