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Politique

Blanchet accuse les libéraux d'être «radin, grippe-sou» face aux aînés

M. Blanchet a expliqué que les libéraux ont créé «deux catégories d'aînés».

Michel Saba
Michel Saba / La Presse canadienne

En campagne dans une résidence pour aînés de Victoriaville, dans le Centre-du-Québec, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a été rattrapé, dimanche, par la question de l'urne que tentent d'imposer les deux grands partis: «qui est le plus apte à affronter Trump».

La visite de M. Blanchet se déroulait, jusque-là, sans anicroche, le chef saluant sous les rires «quatre jeunes dames fringantes» ici, et décidant de frapper des boules de billard de manière improvisée, au point tel que son entourage tapait du pied vu son enthousiasme à poursuivre la partie.

Après un bref discours, le chef bloquiste a invité les résidents à lui faire part de leurs «interrogations, (...) craintes». Il les rassure: «pas besoin de me ménager, je suis capable d'en prendre».

M. Blanchet, qui avait précédemment qualifié à la blague les journalistes de «malcommodes», a été servi.

«J'admire beaucoup votre verve et votre travail, l'a d'abord complimenté un résident. Cependant, pour les élections qui s'en viennent, la question la plus importante, la question de l'urne: qui, au Canada, est le plus apte à affronter Trump?»

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Dans sa réponse, M. Blanchet a appelé à ne pas tomber dans l'«équation facile» qui se résume à «Trump: méchant, danger: Carney».

Or, le chef libéral, Mark Carney, se présente comme un être «infiniment supérieur» et réclame un mandat majoritaire alors qu'«il y a des articles de journaux longs de même qui sont très, très, très inquiétants sur sa moralité».

Le chef bloquiste a alors plaidé que l'«alternative» est que les Québécois donnent, comme en 2019 et en 2021, la balance du pouvoir à sa formation politique de sorte à s'assurer que les décisions ne soient pas prises «au détriment des intérêts du Québec».

«Il est fini le temps où, quand les Québécois sont inquiets, ça leur prend un Torontois, préférablement un Anglais, et si on est capable quelqu'un des banques'», lance-t-il.

Et alors que l'équipe de M. Blanchet tente de passer aux questions des médias, le résident lui fait valoir que l'équipe libérale compte `trois libéraux très influents' du Québec: la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, et un autre qu'il est incapable de nommer.

«Pour affronter Trump, il faut être solide, plaide-t-il. Et je ne vois pas les conservateurs et je ne vous vois pas, vous autres non plus, être capables d'affronter Trump.»

Le pouvoir d'achat des aînés

Alors que débutait la deuxième semaine de la campagne électorale, M. Blanchet s'est employé à courtiser, dès la matinée, ceux à qui l'on doit «tout»: les aînés.

«Lorsque je vois un gouvernement être radin, être grippe-sou face aux retraités (...), moi, ça me fait de la peine parce que je trouve que c'est ingrat», a-t-il déclaré dans une résidence de Danville, en Estrie.

M. Blanchet faisait référence au projet de loi bloquiste C-319 qui visait à augmenter la pension de la Sécurité de la vieillesse des 65 à 74 ans au niveau de ceux de 75 ans et plus, et que le Bloc s'engage à redéposer à l'identique.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau n'avait pas accordé la recommandation royale à C-319, ce qui est nécessaire pour tout projet de loi ayant une incidence budgétaire et qui émane d'un député.

Dans la salle, les résidents, parfois en fauteuil roulant, avec leur marchette ou leur canne, écoutaient attentivement M. Blanchet leur expliquer que les libéraux ont créé «deux catégories d'aînés».

Déjà, à ce premier arrêt de la journée, le courant passait clairement. M. Blanchet a révélé être allé «fouiner dans les cuisines» et avoir constaté qu'ils auront tout un lunch de cabane à sucre, ce qui a suscité des rires joyeux dans la pièce.

Après quelques applaudissements, une résidente, qui cachait mal son enthousiasme, a lancé un «vive le Québec», amenant le chef souverainiste à lui faire une chaleureuse accolade.

Prime à l'urne

Les bloquistes savent qu'ils bénéficient, grâce aux aînés, d'une prime à l'urne. Cette carte cachée réside dans le fait que les électeurs bloquistes sont généralement plus âgés que ceux de leurs adversaires.

C'est qu'il s'avère qu'une étude d'Élections Canada publiée en 2023 a estimé que 46,7 % des personnes âgées de 18 à 24 ans se sont rendues aux urnes lors des dernières élections générales, par rapport à 74,9 % chez leurs concitoyens âgés de 65 à 74 ans.

«Notre engagement envers les aînés est antérieur au moment où on a commencé à avoir un appui plus important des aînés, des retraités. (...) Donc il n'y a pas eu un calcul froid et cynique», a déclaré le chef bloquiste en point de presse.

M. Blanchet a dit avoir l'impression que ce sont les aînés qui ont d'abord donné leur appui au Bloc parce qu'ils appréciaient l'offre de la formation politique.

Une circonscription convoitée

La caravane bloquiste a sillonné dimanche la circonscription de Richmond--Arthabaska, où se dessine un affrontement entre leur candidat, l'ancien président de l'Ordre des ingénieurs du Québec, Daniel Lebel, et la pointure québécoise que présentent les conservateurs: l'ancien whip du gouvernement Legault, Eric Lefebvre.

C'est l'ancien maire de Victoriaville, Alain Rayes, qui avait été réélu pour une troisième fois, en 2021, dans Richmond--Arthabaska, avant qu'il ne claque la porte des conservateurs dans la foulée du couronnement de Pierre Poilievre à la tête du parti.

En point de presse, le chef bloquiste a décoché quelques flèches contre le candidat conservateur, lui reprochant d'avoir continué d'empocher sa `généreuse paie de député' à l'Assemblée nationale du Québec tout en militant pour devenir un député de Pierre Poilievre.

«T'as pas le droit, s'est-il insurgé. Je trouve ça, malheureusement, pas honnête. (...) Les gens paient des taxes et des impôts et envoient des députés dans un parlement pour faire un certain travail dans ce parlement-là.»

M. Blanchet s'est dit en désaccord avec la prémisse d'une question visant à savoir pourquoi l'indépendance du Québec a été relayée au second plan dans sa plateforme électorale -- adoptée la veille à Sherbrooke -- au profit de la question de l'urne qui semble tourner autour de l'enjeu d'affronter le président américain Donald Trump.

«L'indépendance n'est jamais relayée au deuxième plan, a-t-il envoyé. Mais si on n'avait pas eu une section en ouverture de notre programme qui parlait spécifiquement des enjeux de négociation et de menaces tarifaires des Américains, vous auriez dit qu'on était complètement à côté de la track.»

Outre des visites de résidences pour aînés, un arrêt a été effectué pour enfiler une poutine, le mets national du Québec, selon M. Blanchet. Un arrêt au local électoral est prévu en fin d'après-midi.

Michel Saba
Michel Saba / La Presse canadienne