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Politique
Chronique |

Le virage urgent de Pierre Poilievre

«Les adversaires de Poilievre continueront sans doute d’exploiter ses liens passés avec Trump, à tort ou à raison.»

«Le gros bon sens» ou «Le Canada est brisé» étaient, jusqu’à tout récemment, des thèmes chers au chef conservateur Pierre Poilievre et associés aux slogans accrocheurs comme «Abolir la taxe» et «Stopper le crime». Un discours simple, destiné à la classe moyenne qui paie des impôts et qui, bien souvent, trouve que la qualité des services offerts laisse à désirer. Des messages qui ont porté fruit, propulsant le Parti conservateur du Canada au sommet des sondages, avec une avance de 20 points sur le parti au pouvoir.

Puis est arrivé le 20 janvier 2025. Donald Trump a été assermenté et, depuis 28 jours, il a fait du Canada sa tête de Turc. Celui qui était autrefois un allié infaillible, un partenaire de toutes les batailles, est devenu la cible favorite du grand intimidateur. Non seulement veut-il imposer des tarifs douaniers exorbitants à son voisin, mais il cherche aussi à humilier les Canadiennes et les Canadiens en leur offrant la « formidable » opportunité de devenir le 51ᵉ État de son pays providence.

Ce discours et ces gestes ont eu des répercussions majeures sur toute la classe politique canadienne : les libéraux y ont trouvé un nouvel élan, les conservateurs de l’Ontario voguent aisément vers une réélection, et les souverainistes québécois voient les appuis à leur option faiblir. Mais un parti, plus que les autres, a dû s’adapter en urgence : le Parti conservateur du Canada.

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Une rhétorique semblable

Petite précision: je ne crois pas que Pierre Poilievre soit un trumpiste. Au contraire, leurs parcours sont diamétralement opposés. Le chef conservateur est un homme travaillant, intelligent et méthodique, ainsi qu’un fier Canadien qui n’a aucune intention de devenir le gouverneur du 47ᵉ président des États-Unis.

Cependant, leur rhétorique repose sur des bases similaires : lutte contre l’inflation en blâmant des gouvernements jugés trop dépensiers, diabolisation des médias de masse, attaques contre le wokisme et l’identité de genre, sans oublier les insultes à répétition envers leurs adversaires. Les parallèles sont nombreux et inévitables. D’ailleurs, Elon Musk, l’acolyte du nouveau président, a vanté à plusieurs reprises Poilievre sur X, partageant ses messages et applaudissant ses discours. En contrepartie, le chef conservateur invitait le multimilliardaire et proche conseiller du président Trump à investir au Canada.

Un appui qui, en janvier 2025, pouvait flatter l’ego du chef conservateur, mais qui est aujourd’hui devenu toxique. Dans un Canada en plein sursaut patriotique face aux attaques de Trump et de son entourage, toute proximité avec l’ancien président devient un boulet politique.

Urgence de se repositionner

Face à la réaction des Canadiens aux menaces de Trump, à ses lubies d’annexion et à ses tarifs punitifs sur l’aluminium et l’acier, Poilievre n’avait d’autre choix que d’ajuster son discours. Il devenait impossible d’attaquer ses adversaires de la même manière sans risquer un rapprochement direct avec l’ennemi public numéro un.

Difficile de clamer que « le Canada est brisé » lorsqu’il faut afficher une image forte face aux attaques du voisin. Difficile aussi de parler de « gros bon sens » quand Trump lui-même en fait son slogan et va jusqu’à déclarer que « Poutine a repris mon slogan de campagne Common sense ».

Sans changer ses idées ni ses propositions, Poilievre devait donc revoir son argumentaire pour l’adapter au contexte actuel.

Un discours pour recadrer le message

Mais une fois le nouveau discours trouvé, encore fallait-il lui donner une plateforme efficace. Sur ce point, chapeau aux stratèges conservateurs, qui ont eu l’idée de profiter de la Journée du drapeau canadien pour organiser un grand rassemblement permettant à Poilievre de lancer un nouveau slogan et de repositionner son message.

« Le Canada d’abord » est désormais la pierre angulaire du discours conservateur. Peu de changements dans les idées et un ton toujours aussi combatif, mais des arguments recentrés sur la fierté nationale, le modèle canadien qui crée des opportunités pour les nouveaux arrivants, comme son épouse, et pour les personnes issues de milieux modestes, comme lui. Un discours d’affirmation nationale, rejetant toute idée d’annexion avec les États-Unis, et promettant de répliquer à toute attaque économique du voisin du Sud.

Est-ce que ça va fonctionner?

Difficile à dire. Les adversaires de Poilievre continueront sans doute d’exploiter ses liens passés avec Trump, à tort ou à raison. Mais une chose est sûre : le chef conservateur a trouvé une nouvelle base rhétorique pour justifier son ambition de prendre le pouvoir. Il était temps.

Reste à voir s’il pourra maintenir cette posture sur la durée, car une chose est claire: dans le Canada d’aujourd’hui, toute proximité entre un leader politique et Donald Trump est synonyme de défaite électorale et ça, les conservateurs l’ont bien compris.

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