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«Je comprends l'objectif et l'importance de renforcer, de promouvoir et de protéger le français au Québec.»
La deuxième semaine de la campagne électorale entamée, le chef libéral Mark Carney a choisi de faire un petit bain de foule, en fin de journée lundi, dans un petit commerce local de Georgetown, en Ontario, avec des gens visiblement emballés.
Le resto-bar local visité, The St. George Pub, se trouve dans une communauté de 44 058 habitants, selon le recensement de 2021 de Statistique Canada.
L’endroit était plein à craquer, une heure avant l'arrivée du chef du Parti libéral du Canada (PLC) et il a été accueilli par une centaine de personnes dans le stationnement, où M. Carney a serré des mains et les gens le prenaient en photo avec leur téléphone intelligent.
L’évènement avait été planifié à 15 h la veille, selon un employé, et des clients lui envoyaient des textos pour savoir ce qui se passait.
Plusieurs personnes n’ont pu entrer, ce qui a déçu une femme qui a dû rebrousser chemin, après avoir fait une heure de route pour se rendre à cet évènement social de type «Meet and greet».
«Je ne suis pas sortie pour soutenir un candidat libéral depuis des années», raconte Jacqueline Philips, bravant le froid à l'extérieur alors que le mercure a chuté de 8 degrés en quelques heures, frisant le point de congélation.
Carney ajoute en anglais:
— Étienne Fortin-Gauthier (@EtienneFG) March 31, 2025
«J’appui les objectifs de la laïcité» @MarkJCarney @NoovoInfo https://t.co/wFtuPSaEn6
«Je trouve ça dommage qu’ils ont sous-estimé le nombre de personnes qui se présenteraient», a dit cette résidente du secteur de North Burlington Milton alors qu’un homme se tenait non loin avec sa fillette qu’il soulevait dans l’espoir qu’elle puisse avoir un aperçu du politicien sur le perron couvert du resto-bar.
«Les supporters libéraux veulent venir aussi à ces rassemblements», a souligné Mme Philips se disant déçue, mais non fâchée.
Elle a invité les libéraux à prévoir des lieux de rassemblement plus spacieux, se disant convaincue que les gens vont venir soutenir les candidats libéraux et leur chef si on leur en donne l'occasion.
«C’est malheureux quand tu vois Pierre Poilievre avec ses grands rassemblements militants. Les supporters libéraux veulent ça aussi», a indiqué Mme Philips, se décrivant comme une électrice libérale, revigorée par l’arrivée du nouveau chef Mark Carney, qu'elle perçoit comme «un homme de vision».
Pendant ce temps à l'intérieur du commerce, à l’arrière, Natalie, une résidente de Milton, s’y trouvait avec un groupe d’amis tous vêtus d’un rouge écarlate, la couleur associée au PLC.
«Je pense que cette élection est probablement l’une des plus importantes, considérant les menaces venant des États-Unis», a-t-elle expliqué en référence à la guerre commerciale qui s’annonce avec notre voisin du sud.
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Le chef du PLC avait rencontré lundi matin des jeunes d’une école des métiers de la construction, qui forme notamment des charpentiers et des menuisiers, au College of Carpenters and Allied Trades, à Vaughan, dans le grand Toronto.
À son entrée, il s’est rendu à une table-scie, à l’arrière du bâtiment, pour saluer des étudiants qui travaillaient sur un cadre décoratif en bois avec une feuille d’érable au centre.
«Je sais que nous allons faire un travail sérieux ici», a-t-il dit, avec un sourire, alors qu'il portait un casque blanc sur lequel était apposé un autocollant du drapeau canadien.
En conférence de presse sur place, devant une centaine de personnes, Mark Carney en a profité pour faire une annonce très ambitieuse pour résoudre la crise du logement qui sévit au pays.
Il a dit souhaiter amener la coopération public-privé à des niveaux pas vus depuis des générations, pour doubler le taux de construction résidentielle, jusqu'à 500 000 logements par an.
Son plan vise aussi à s’attaquer de front aux menaces du président américain Donald Trump à l’économie canadienne par l'imposition de droits de douane, dès cette semaine, en stimulant divers secteurs de l'économie, comme les industries de la construction et du bois d'œuvre, entre autres.
Il a proposé la création d'une nouvelle agence, Maisons Canada, qui permettra au gouvernement fédéral de fournir un financement aux constructeurs de logements abordables et d'agir comme promoteur de nouveaux projets résidentiels abordables à grande échelle, y compris sur des terrains publics.
«La nouvelle entité pourrait également faire l’acquisition des terrains supplémentaires et proposer des baux afin d'accroître le parc de logements abordables du Canada», précise le communiqué du parti.
Cela entraînera la création d'emplois bien rémunérés, selon M. Carney, «en fournissant 25 milliards $ de financement par emprunt et 1 milliard $ de financement par actions à des constructeurs canadiens innovants de maisons préfabriquées». Il a souligné que les logements préfabriqués et modulaires peuvent réduire les délais de construction de 50 %, ainsi que les coûts par rapport aux méthodes de construction traditionnelles.
Si son gouvernement est élu le 28 avril prochain, le chef libéral va donc transférer tous les programmes de logements abordables de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) à la nouvelle agence, Maisons Canada. Toutefois, Mark Carney n'y voit pas un désaveu du travail de la SCHL jusqu'à présent, mais plutôt une réorganisation pour changer les méthodes de travail.
«La SCHL offre du financement aux Canadiens. Ce n'est pas une entreprise qui peut développer des maisons. Alors, on doit créer une nouvelle entité et ramasser toutes les initiatives qui existent, qui ne fonctionnent pas très bien, mais on ajoute la taille de l'ambition. On change les méthodes avec Maisons Canada», a-t-il résumé.
Le chef conservateur, Pierre Poilievre, n'a pas manqué de réagir à l'annonce du jour du chef libéral.
«Il a copié les promesses de Justin Trudeau de 2015 en matière de logement, qui ont doublé le coût d'être propriétaire d'une maison», a-t-il lancé sur le réseau social X, appelant les électeurs à ne pas accorder aux libéraux un autre mandat de quatre ans.
Par ailleurs, le chef libéral n’a pas l’intention d’écarter un de ses candidats de la campagne électorale, comme le réclame le chef conservateur, même s’il a commis «un terrible manque de jugement» avec des «commentaires profondément offensants», a reconnu Mark Carney.
Le député libéral sortant de la circonscription ontarienne de Markham—Unionville, Paul Chiang, qui tente de s'y faire réélire, s’est excusé dans un gazouillis pour avoir suggéré à des citoyens de Toronto de livrer le candidat conservateur dans Don Valley North, Joe Tay, au consulat de Chine à Toronto et de réclamer la récompense offerte pour qu’il soit livré aux autorités de Hong Kong, ce qui pourrait mettre sa vie en danger, a dénoncé vigoureusement le chef conservateur Pierre Poilievre.
Ce dernier n’accepte pas les excuses de M. Chiang, même s’il s’agissait d’une mauvaise plaisanterie, selon M. Chiang.
Le chef libéral n’a pas l’intention d'écarter M. Chiang de son équipe pour autant, soulignant que le candidat est un ancien policier qui a été au service public dans la région de Toronto pendant près de 30 ans, justement pour défendre les droits des citoyens.
«Il s'agit d'une terrible erreur de jugement. Ça, c'est clair», a affirmé M. Carney.
«J'ai parlé avec M. Chiang pendant le week-end. Il a renforcé ses excuses et il s'est excusé directement à M. Tay, qui est la personne impliquée. C'est une situation regrettable, mais il va continuer avec sa campagne», a dit M. Carney du bout des lèvres.
Fait à noter, M. Chiang était absent lors de l'annonce de son chef lundi, contrairement à neuf autres candidats libéraux de la région.
Après une pause de deux jours, M. Carney a rapidement été appelé à clarifier ses propos de vendredi dernier sur la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Le chef du Parti libéral du Canada (PLC) a assuré qu’il n’est pas contre le principe de la loi 96 du gouvernement Legault, qui a modernisé la Charte de la langue française dans les communications et sur les lieux de travail. Toutefois, il n'est pas d'accord avec la stratégie brandie par Québec advenant une contestation juridique de sa loi.
«Je comprends l'objectif et l'importance de renforcer, de promouvoir et de protéger le français au Québec (...) Mon gouvernement a un malaise avec l'utilisation préventive de la clause nonobstant», a-t-il expliqué en marge d'un évènement de campagne à Vaughan, en Ontario.
Cette clause «nonobstant» est une disposition de dérogation qui permet au gouvernement du Québec d'adopter une loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés.
Alors qu'il était de passage à Montréal vendredi dernier, M. Carney avait promis que s'il est élu, son gouvernement libéral interviendrait à la Cour suprême du Canada dans toute contestation éventuelle de la loi 96, qui pourrait donc être entendue par le plus haut tribunal au pays.
Cela avait provoqué une vive réaction de la part du ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, qui avait dénoncé «un affront direct» aux Québécois.
En campagne électorale en Ontario lundi, M. Carney a nuancé ses propos.
«Pour monsieur, madame tout le monde, l'enjeu est: est-ce qu'on a des droits ici au Canada ou non? Un droit est un droit, est un droit, est un droit. Si on utilise trop souvent la clause nonobstant (dérogatoire), de manière anticipatoire, c'est dire qu'on n'a pas de Charte des droits ici au Canada. Ça, c'est une question pour la Cour suprême», a résumé M. Carney.