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Société

L'OIIQ dénonce des suppressions de postes d'encadrement aux infirmières

«Ces personnes ne donnent pas de soins directs aux patients. Elles accompagnent des gens, des jeunes qui arrivent dans la profession.»

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne
Ryan Remiorz / La Presse Canadienne
Katrine Desautels
Katrine Desautels

Les coupes de 1,5 milliard $ de dépenses exigées aux établissements pour retrouver l'équilibre budgétaire dans le réseau de la santé auront un impact sur la rétention de personnel infirmier et inévitablement les soins aux patients, a averti le président réélu à l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu. 

En marge du congrès de l'OIIQ, ce dernier a eu vent de la part d'infirmières qu'il y aurait des suppressions de postes de conseillères cadres et de conseillères en soins. M. Mathieu a souligné l'importance de ces postes pour guider et accompagner les infirmières, particulièrement les recrues. 

«Ces personnes ne donnent pas de soins directs aux patients. Elles accompagnent des gens, des jeunes qui arrivent dans la profession», a expliqué M. Mathieu.

Il a parlé de certains cas qui «ne sont pas anecdotiques» où une nouvelle infirmière travaillera en CHSLD avec de nombreux patients à sa charge. «Ce n'est pas un cas d'exception. Ces jeunes, qui n'ont pas beaucoup d'expérience et pas beaucoup de soutien clinique, sont appelées à prendre en charge [jusqu'à] 150 résidents en CHSLD. C'est énorme», a commenté le président. 

Il a précisé qu'en CHSLD, les patients sont souvent très malades et représentent des cas lourds et complexes à soigner. 

«Si une jeune infirmière débute, sans soutien clinique, sans personne à qui se référer, ça peut être paniquant. Et c'est pour cela qu'il y en a qui quittent la profession, qui s'en vont en courant.» 

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L'OIIQ est préoccupé par cette situation. «J'en ai parlé avec un haut dirigeant de Santé Québec», a partagé M. Mathieu. Il lui aurait dit que si l'agence va de l'avant avec les coupes de conseillères cadres et en soins, «ça ne serait pas gagnant pour la suite des choses». 

La présidente du Comité jeunesse de l’OIIQ, Audrey Lortie, constate que des infirmières de tous âges se désengagent de leur profession, c'est-à-dire qu'elles se contentent de faire le minimum et ne se sentent pas stimulées dans leur travail. 

Mme Lortie abonde dans le même sens que M. Mathieu en suggérant que des infirmières en place deviennent «des modèles de rôle ou des mentors» pour accueillir la relève. Elle précise qu'il est important de s'assurer que ces infirmières ressources soient des modèles positifs. «Si une infirmière fait le minimum, a une attitude plus négative, souvent, la relève va un peu se mouler à cette personne, car c’est le modèle qu’elle va avoir», explique-t-elle. 

Sur le site du ministère de la Santé, on peut lire dans la description du poste de conseillère en soins infirmiers que «sa collaboration avec les cogestionnaires, le secteur de l’intégration de même que l’infirmière en pratique avancée est cruciale. Elle contribue à part entière à divers comités assurant le développement de la pratique infirmière ainsi que la qualité et la sécurité des soins pour le service d’urgence.»

Jusqu'à présent, le déficit dans le réseau de la santé est estimé à environ 1 milliard $. Vendredi dernier, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a reconnu qu’il pourrait y avoir une incidence sur les services à la population et il a ajouté qu'il voulait être capable de minimiser ces impacts. 

Certes, les postes d'encadrement offrent des soins indirects. «Mais le retour sur investissement de donner du soutien clinique, ça fait toute la différence», souligne M. Mathieu. 

Il a expliqué que les précepteurs — aussi appelés mentors — accompagnent les infirmières tout au long de leur carrière. Pour faire valoir l'importance de leur rôle, M. Mathieu a donné l'exemple d'un omnipraticien qui se réfère à un médecin spécialiste lorsqu'il arrive au bout de sa compétence pour un cas particulier. 

«Dans le cas des soins infirmiers, c'est un peu la même chose compte tenu de l'évolution et de la complexité des soins, des maladies chroniques, du vieillissement de la population», a mentionné M. Mathieu. Il a dit que dans toutes les régions qu'il a visitées, le personnel infirmier lui a fait part de besoins pour du soutien clinique. 

Lourdeur administrative 

La ministre responsable des Aînés et déléguée à la Santé, Sonia Bélanger, a reconnu que la lourdeur administrative avait un impact sur le travail des infirmières.

Dans son allocution devant une salle remplie de personnel infirmier, Mme Bélanger a assuré que son gouvernement voulait réduire la paperasse administrative qui touche les infirmières dans le but d'améliorer l'accès aux services. «Nous le savons que les infirmières et les infirmiers vivent aussi cette lourdeur administrative au quotidien. Il faudra tout faire pour alléger cette lourdeur importante», a-t-elle déclaré. 

Mme Lortie, qui est infirmière praticienne spécialisée, constate que la reconnaissance des compétences n'est pas uniforme sur le terrain. «Il y a encore beaucoup de formulaires, de protocoles qui encadrent la pratique alors qu’on a des compétences autonomes qu’on devrait pouvoir mobiliser», dit-elle. 

Selon le champ des compétences des infirmières, certaines ont le droit de prescrire les médicaments, mais les règles d'un établissement peuvent faire changer la liste de ces médicaments. Cette «surprotection» fait en sorte que des infirmières se désengagent, selon Mme Lortie.

Fin du recours aux agences privées

En 2025, les hôpitaux et les établissements pour aînés devront se sevrer de la main-d’œuvre indépendante, conformément à un règlement et une loi qui ont été adoptés. 

Le ministre de la Santé espère que les infirmières qui travaillent présentement au privé migreront vers le réseau public. Selon M. Mathieu, ce scénario verra le jour seulement si les conditions de travail s'améliorent. 

«Ça va dépendre de ce qu'on leur offre, dit-il. Je comprends le ministre qui veut diminuer l'utilisation des agences privées de placement. On est assez d'accord avec cela, parce qu'au fil des années ça a pris des proportions trop grandes. C'était causé entre autres par des réalités comme l'utilisation du temps supplémentaire obligatoire (TSO).»

Le TSO, qui est censé être une mesure d'exception, a été imposé sur une base régulière au cours des dernières années. M. Mathieu met en relief que si une infirmière fait trop de TSO, la prestation de soins peut devenir à risque. 

Il estime que le gouvernement ne devrait pas se limiter à restreindre la main-d'œuvre des agences privées, mais aussi travailler sur des facteurs de rétention qui vont faire en sorte que les infirmières voudront rester dans le réseau public. 

Katrine Desautels
Katrine Desautels