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Je n’ai pas la prétention de savoir, à moi seule, comment résoudre cette situation complexe. Or, la moindre des choses que le ministre pourrait faire serait de tenir un discours positif qui ne méprise pas ceux qu’il représente aux yeux du gouvernement.
Encore une fois cette année, la rentrée scolaire au Québec s’annonce fort pénible en raison de la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau qui s’aggrave.
Selon la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), il manque environ 5000 enseignantes et enseignants à travers la province. Ce chiffre exclurait la région de Montréal.
À ce nombre, on peut ajouter environ 4000 éducateurs et éducatrices spécialisés et en service de garde, psychoéducatrices et psychoéducateurs, orthophonistes et psychologues qui manquent à l’appel. C’est sans parler des directrices et directeurs d’école.
Devant ce contexte fort préoccupant, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a exprimé le souhait d’avoir « un adulte devant la classe », quitte à avoir des enseignantes et enseignants non légalement qualifiés.
Ce qui fait peur dans ce contexte, c’est que l’on risque de se retrouver à court et moyen long terme, avec des adultes qui font de la surveillance plutôt que de l’enseignement.
Comme si ce n’était pas assez, jeudi dernier, au micro de Paul Arcand à l’émission Puisqu’il faut se lever (98,5), le ministre y est allé d’une déclaration fort maladroite. Dans une tentative de vouloir encourager de jeunes enseignant-es de choisir la maternelle pour prêter main-forte, il a affirmé grosso modo que d’enseigner à ce niveau est « moins exigeant », car on enseigne par le jeu et que les enfants font la sieste.
Des propos qui traduisent une très grande méconnaissance, voire j’ose dire mépris, du travail des enseignantes et enseignants de maternelle. À vrai dire, c’est presque une gifle symbolique considérant le contexte difficile actuel. Et c’est ce qui (à nouveau) mis le feu aux poudres (avec raison).
Ce n’est sans rappeler ses propos controversés sur le salaire des enseignant-es lors d’un entretien éditorial avec Le Devoir en mai dernier : « Tu compares vraiment la job d’enseignante à la job de député ? » Propos pour lesquels il s’est excusé... dans le contexte où le gouvernement de la CAQ a déposé un projet de loi pour augmenter le salaire de base des députés de 30 000 $. Ce qui est aussi fort indécent considérant l’actuelle crise du logement et la difficulté avec laquelle les gens arrivent à joindre les deux bouts.
Il serait fort malhonnête de blâmer uniquement le ministre Drainville pour la situation actuelle en éducation. Tous les gouvernements qui ont été au pouvoir, peu importe le parti, n’ont pas réussi à résoudre ce problème qui date de plusieurs années. Dans certains cas, ils l’ont même aggravé avec la suppression de postes cruciaux pour les élèves en difficulté d’apprentissage. Ces enfants qui ont besoin de ressources spécialisées et adaptées, très tôt dans leur parcours, et qui composent aussi les classes de maternelle.
À vrai dire, c’est souvent à cet âge que des apprentissages cruciaux sur les plans social, affectif et intellectuel doivent se faire. Ça rend la tâche d’autant plus exigeante. Et sans enseignant dans le navire qu’est le réseau de l’éducation, ça peut avoir des répercussions fort importantes pour le reste de la vie et du parcours scolaire.
Je n’ai pas la prétention de savoir, à moi seule, comment résoudre cette situation aux ramifications complexes. Or, la moindre des choses que le ministre pourrait faire serait de tenir un discours positif qui ne méprise pas celles et ceux qu’il représente aux yeux du gouvernement.
Enfin, je trouve ça fâcheux que l’on se prive d’enseignantes, qui en raison de la loi 21, se voient exclure de la solution parce qu’elles portent un signe religieux. Comme si le fait de ne pas en porter garantissait la neutralité.
Ultimement, le message que ça envoie aux femmes musulmanes portant le voile et qui souhaitent contribuer de bonne foi à la société québécoise : « on est dans le caca jusqu’au cou, mais on veut n’importe qui sauf vous pour nous aider ».
Ouche, vraiment!