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«Je ne pense pas qu'ils devraient paniquer», a jugé un professeur.
En fort recul dans les intentions de vote, le Bloc québécois recadre son message et se présente comme le seul parti qui parlera pour le Québec dans la réponse canadienne aux menaces du président américain Donald Trump.
«Il n’y aura que nous! Il n'y aura que le Bloc québécois qui prendra à bras le corps, exclusivement, et avec détermination, l'entièreté des intérêts du Québec», a déclaré, mardi, le chef bloquiste Yves-François Blanchet, en ouverture d'une réunion de son caucus à Victoriaville, dans le Centre-du-Québec.
Alors que le président américain menace d'imposer des tarifs aux exportations canadiennes et que des élections s'annoncent imminentes au pays, les prochaines semaines seront «parmi les plus importantes de l’histoire récente du Québec, en particulier son histoire économique», a-t-il dit.
La réunion des élus bloquistes, qui se déroule jusqu'à mercredi, a toutes les allures d’une ultime rencontre de caucus avant le déclenchement d’élections générales qui pourraient leur donner des sueurs froides.
«N'ayons pas peur, a lancé M. Blanchet à ses troupes. Le courage est meilleur conseiller que la peur. Écoutons notre conscience, toujours et en toute circonstance.»
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Un sondage de la firme Léger réalisé du 14 au 17 février révélait que la formation souverainiste n’obtient plus que 28 % des appuis au Québec. Ils étaient de 37 % dans un sondage de la même firme réalisé du 24 au 26 janvier.
Le plus récent sondage révèle également que le Bloc baisse encore plus, à 25 %, lorsque les électeurs se font offrir l’option de voter pour Mark Carney plutôt que Justin Trudeau. Dans ce scénario, les libéraux obtiennent neuf points de plus au Québec que sous M. Trudeau. Ils font reculer les conservateurs de quatre points et les néo-démocrates de trois points.
Les deux sondages ont été menés en ligne auprès d'environ 1500 répondants. Ils ne comportent pas de marge d’erreur puisqu’il ne s’agit pas d’échantillons probabilistes.
En entrevue avec La Presse Canadienne, Jean-François Daoust, professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke, a expliqué que les bloquistes ne devraient pas paniquer.
Il y a régulièrement «un effet qu'on appelle "rally around the flag"» où une population se rassemble derrière le gouvernement sortant lors de crises, a-t-il noté. Les meilleurs exemples sont la COVID et les attentats du 11 septembre, a-t-il dit. Au Canada, c'est Mark Carney – le favori de la course libérale – qui semble incarner le plus l'avantage de cet effet.
Selon le professeur Daoust, les bloquistes n'ont pas besoin de se repositionner face à la nouvelle donne, mais de simplement ressortir «le bon vieux chien de garde».
«La seule ligne qui peut être à leur avantage c'est: “On a une crise, le Canada répond de façon unie face à la crise, et ça, ça peut être désavantageux pour le Québec. Et la seule façon que ça ne soit pas si désavantageux pour le Québec, c'est d'avoir une voix forte à Ottawa. Et ce serait le Bloc québécois qui serait la solution de ce côté-là”», a-t-il résumé.
Dans son allocution, M. Blanchet n'a pas manqué de s'en prendre à Mark Carney, le favori de la course à la direction du Parti libéral du Canada qui «ne dit rien» durant sa campagne, au point de prétendre être «un messie».
«C'est fascinant», a lancé le chef bloquiste, notant qu'après le chef conservateur Pierre Poilievre qui répétait des slogans ad nauseam, voilà que M. Carney propose «le non-slogan».
«Mais que ferez-vous par rapport aux tarifs? "Je suis Mark Carney." Comment gérerait-on les frontières? "Je suis Mark Carney." On a un enjeu sur les égalités sociales? "Je suis Mark Carney." Y aura-t-il un oléoduc à travers le Québec? "Je suis Mark Carney."», a-t-il imité.
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Selon le professeur Daoust, le Bloc québécois pourrait réussir à maintenir un bon nombre de sièges lors des prochaines élections générales, mais la perspective de faire des gains importants que laissaient entrevoir les sondages des derniers mois s'estompe.
Dans l'entourage du chef Yves-François Blanchet, on reconnaît qu'on est «dans un autre univers» avec les menaces de tarifs du président américain Donald Trump et qu'il s'agit de «la pire menace économique» pour le Canada et le Québec des 50 dernières années.
On assure aussi qu'il n'y a «pas du tout» de sentiment de crise et que les chiffres sont mêmes «prometteurs», puisqu'ils n'ont malgré tout pas été aussi forts à la veille d'une campagne électorale depuis celle de 2015, inclusivement.
Il reste que l'augmentation du patriotisme canadien au Québec est néanmoins «de mauvais augure» pour le Bloc québécois, a expliqué le professeur Daoust, parce que «plus le patriotisme canadien est fort et moins les gens sont portés à voter pour un parti indépendantiste, séparatiste, anti-canadien dans un certain sens».
Entre décembre et février, le pourcentage de Québécois qui se disent «très fiers» ou «fiers» d’être Canadiens a augmenté de 13 points de pourcentage, passant de 45 % à 58 %. Et, à l'échelle nationale, la hausse est de neuf points, passant de 58 % à 67 %, selon ce sondage Angus Reid réalisé en ligne il y a trois semaines auprès de 1578 Canadiens.
Le coup de sonde a également révélé une hausse de la proportion de Canadiens qui affirment avoir un «profond attachement émotionnel au Canada»: elle est passée de 30 % à 45 % au Québec et de 49 % à 59 % dans l’ensemble du Canada.
Les élus bloquistes sont réunis dans la circonscription de Richmond-Arthabaska, qui est représentée par l’ancien maire de Victoriaville Alain Rayes depuis 2015.
Or, M. Rayes a claqué la porte du Parti conservateur et siège comme indépendant. Il a annoncé qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat.
Les bloquistes estiment qu’ils ont des chances de renverser l’avance de 25 points qu’avaient creusée les conservateurs lors du scrutin de 2021, et tout indique que l'ancien président de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Daniel Lebel, sera leur candidat.
«Les perspectives sont que Daniel représentera, bien sûr, le Bloc dans la circonscription ici et il n'est pas payé par un Parlement pour être dans l'autre. Non, non. Nous avons un candidat intègre», a lancé mardi M. Blanchet, envoyant une pointe aux conservateurs qui présenteront l'ancien whip du gouvernement Legault, Eric Lefebvre.
Les bloquistes signalent qu’ils ont «longtemps» détenu la circonscription. En fait, André Bellavance y a été député de 2004 à 2015. Autrement dit, même lorsque le caucus du Bloc avait été décimé en 2011 au point où il n'avait que quatre députés, la formation avait conservé la circonscription.
Ainsi, lundi, une forte délégation bloquiste est allée à la rencontre de la population et des acteurs de la région pour entendre leurs doléances. Ils savent, disent-ils, que la région compte énormément sur l’exportation, fait beaucoup affaire avec les Américains et que la menace tarifaire du président Trump les affecte beaucoup.
Quoi qu'il en soit, l'ambiance au rassemblement militant de mardi soir risque d'être fort différente de celle à Laval, un mois plus tôt, alors que les militants cachaient mal leur enthousiasme.
L’ancien maire de Laval Marc Demers se disait même impatient d'écrire «une page d’histoire historique» pour la nation québécoise, alors qu'une «victoire» du Bloc mettrait «la table pour l’élection du PQ» et «pour le référendum».
Le chef, Yves-François Blanchet, qui avait multiplié les appels à la retenue, n'avait pu s'empêcher de parler de «moments extraordinaires qu’il faut goûter».