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Le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Mark Carney, profite des sondages qui lui sont plutôt favorables et des caprices de Dame Nature, qui annonce une journée de pluie verglaçante sur le sud-est de l'Ontario et du Québec, pour prendre un petit répit dans la campagne électorale dimanche, alors que ses adversaires politiques continuent de sillonner le pays.
Il ira à la rencontre de bénévoles en soirée, à Toronto, comme il l'a fait la veille, lors de l'inauguration de son bureau de campagne au centre-ville d'Ottawa, dans la circonscription de Nepean, où il se présente.
La météo est maussade en ce dimanche matin dans la capitale nationale, le ciel est gris, le temps est frisquet avec un ressenti de -9 degrés Celsius et il y a un peu de neige. Bref, rien pour inciter les gens à se promener à l'extérieur en ce début de printemps. Il s'agit là d'un contexte idéal pour le chef libéral, qui cherche peut-être à concentrer le message sur les enjeux de campagne qui lui sont plus familiers, tout en évitant de revenir sur le bilan du gouvernement libéral des dix dernières années.
«Sur le terrain, on raconte toutes sortes d'histoires, mais si l'on se concentre sur les chiffres, l'écart qui séparait le Parti libéral et le Parti conservateur dans les sondages a grandi dans la dernière semaine», souligne Philippe J. Fournier, rédacteur en chef de l'agrégateur de sondages Qc125 Canada, en entrevue à La Presse Canadienne ce week-end.
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S'il note qu'il reste encore quatre semaines aux électeurs avant de se faire une idée définitive, M. Fournier observe toutefois que «les libéraux sont en tête à tous les endroits stratégiques au pays», sauf au Québec où les chiffres n'ont pas vraiment bougé depuis une semaine.
«Les chiffres pour le Parti conservateur fédéral au Québec n'ont pas vraiment bougé depuis le début de la campagne, alors qu'on a vu une baisse des appuis pour les conservateurs en Ontario et dans l'Atlantique, par exemple», observe M. Fournier.
Malgré des sondages favorables, Mark Carney n'a pas passé la semaine qu'il aurait souhaitée pour autant avec quelques gaffes durant les premiers jours.
Le chef du PLC s'est notamment trompé dans le nom d'une candidate bien connue au Québec, Nathalie Provost, de PolySeSouvient, mais ce qui a fait sursauter les gens, c'est qu'il l'a présentée comme étant la survivante d'une autre tuerie, celle de Concordia, au lieu du drame survenu à l'École Polytechnique de Montréal, où 14 femmes ont été assassinées en 1989 par un tireur misogyne en plus de faire 13 blessés.
M. Carney s'est excusé publiquement auprès de sa candidate de la circonscription de Châteauguay--Les Jardins-de-Napierville, en Montérégie, mais une autre décision impopulaire a pu déranger des francophones du Québec, soit son refus de participer à un deuxième débat en français, celui de TVA.
«Si ces gaffes se répètent, si ça devient une habitude, un "pattern", ça pourrait devenir un problème, mais ce qu'on peut voir dans la dernière semaine, c'est que cette bourde de M. Carney a été complètement éclipsée par ce qui s'est passé entre le Canada et les États-Unis», a constaté M. Fournier en analysant divers sondages.
Sans surprise, les répercussions que pourraient avoir les menaces de droits de douane du président américain Donald Trump, à compter du 2 avril, semblent affecter l'humeur de l'électorat québécois.
«Si les menaces sont mises à exécution, ça crée des conditions idéales, avec ce qu'on appelle un effet de drapeau, où les gens s'unissent en faveur du gouvernement en place, comme on a vu par exemple durant la COVID», illustre le professeur Daoust.
«Lorsqu'on demande aux Québécois quelle est la question de l'urne, quel est l'enjeu le plus important -- évidemment, le coût de la vie et l'inflation demeurent élevés partout au pays-- mais c'est au Québec où la proportion de gens qui disent que l'enjeu numéro 1 est la gestion de l'administration américaine», observe aussi M. Fournier.
«La question de l'urne demeure comment gérer l'administration américaine, les tarifs (douaniers), protéger la souveraineté du Canada et cette question-là, elle est aussi visible au Québec qu'ailleurs au Canada», ajoute-t-il.
«Il y a plus de Canadiens et de Québécois qui croient que M. Carney est mieux placé pour gérer M. Trump, pour faire face à M. Trump», observe M. Fournier dans les sondages.
Rappelons que Mark Carney est un débutant dans l'arène politique, même s'il a succédé au premier ministre Justin Trudeau depuis deux semaines. Cet expert en finances a donc intérêt à ce que l'attention reste sur la menace de l'administration Trump pour l'économie canadienne, ce qui lui sert bien avec son expérience de gestion de crises financières, comme celle de 2008 au Canada et celle du Brexit après le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2020. Durant ces deux périodes, M. Carney a occupé successivement les fonctions de gouverneur de la Banque du Canada, puis de gouverneur de la Banque d'Angleterre.
Mais la partie n'est pas gagnée d'avance pour le chef libéral, surtout si les enjeux traditionnels reprennent leur place au cours de la campagne. De plus, les engagements électoraux de Mark Carney qui pourraient plaire à un électorat traditionnellement plus conservateur, pourraient être un couteau à deux tranchants.
Très tôt dans la campagne, M. Carney s'est engagé à supprimer la tarification sur le carbone qui se répercute sur les consommateurs, d'abolir la TPS sur les habitations neuves de moins de 1 million $ pour les nouveaux propriétaires, d'annuler la réforme sur les gains en capital et a promis une baisse d'impôt d'un point de pourcentage.
Le professeur Daoust prévient que cela pourrait nuire aux gains que les libéraux pourraient faire auprès de l'électorat néo-démocrate, qui pourrait être tenté de voter stratégiquement pour bloquer les conservateurs.
«Si Mark Carney recentre le parti, il y a des électeurs aux sensibilités progressistes qui pourraient être réfractaires à voter pour Mark Carney», affirme M. Daoust.
«Si le chef libéral donne l'impression que Mark Carney est un peu le même côté d'une pièce de monnaie que le Parti conservateur, suite à un exercice de recentrage, cela pourrait refroidir des électeurs néo-démocrates», précise Jean-François Daoust.
Puis au Québec, il y a la question de l'identité nationale qui vient brouiller les cartes, ajoute-t-il. À son avis, le chef du Bloc québécois devra ajuster son message advenant que la «perception d'une menace à l'échelle nationale», à cause de l'administration Trump, prenne plus de place, même au Québec.