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«Et après ça, on se demande pourquoi on est en pénurie de tout... [...] On respire. Il y a des choses pires que ça dans la vie.»
Je lisais la semaine dernière un topo sur l’écœurantite des chauffeurs de bus de la STM et des opérateurs de métro et j’ai eu la pensée suivante: travailler dans le service à la clientèle en ce moment, ça doit être vraiment usant. Et c’est un euphémisme de le formuler ainsi.
Caissiers, travailleurs de la restauration rapide, emballeuses, serveurs, guichetiers, téléphonistes (j’en oublie, c’est certain). Tout le monde se fait ramasser solide. Par qui? Par nous. On dirait que notre réservoir de patience collective est à sec. Nous sommes globalement tellement à cran qu’on est plus capables de s’endurer les uns les autres.
Résultat? Une montée des agressions verbales et physiques envers plusieurs employés qui, comme on dit, travaillent dans le public. Je parlais récemment des agents de stationnement, mais je pourrais aussi évoquer les profs, les infirmières, les préposées aux bénéficiaires, les paramédicaux, les policiers (je suis certaine que j’en oublie encore). Tout ce beau monde-là, ceux qui sont payés pour prendre soin de nous au fond, se fait cracher au visage, insulter, frapper et dénigrer à tour de bras, et ce, au quotidien.
Et après ça, on se demande pourquoi on est en pénurie de tout. Ce n’est pas la seule explication, je le sais bien. Mais ça fait partie des raisons pour lesquelles les gens n’ont pas envie de pratiquer certains métiers. Ils n’ont tout simplement pas envie de subir nos soupirs d’exaspération et nos injures à longueur de journée.
Je ne suis pas meilleure que vous. J’ai déjà perdu patience avec une personne du service à la clientèle d’une compagnie de télécommunication bien connue. J’avais été doublement facturée. Pour une option que je ne désirais pas en plus. La madame (moi) était ben fâchée.
Même si je savais fort bien que ce n’était pas la faute de ladite personne au bout du fil, on dirait qu’elle a mangé un char pour tout ce qui me tombait sur le gros nerf cette journée-là: le trafic, mon enfant qui chigne parce que je n’ai pas coupé sa toast en triangle, ma TPS TVQ encore en retard, mon divorce récent.
Inconsciemment, j’ai dû me venger sur elle. Je me rappelle m’être reprise et excusée en précisant que je concevais bien que mon problème, ce n’était pas sa faute. Sauf que ça n’excusait rien pantoute. J’avais été odieuse complètement gratuitement avec une employée dont l’objectif, au fond, était de me venir en aide. Je n’avais pas d’affaire à agir de la sorte. Comme une grosse pas fine, je veux dire.
Je vous raconte ça, même si ça me fait mal paraître. Parce que je suis absolument certaine que plusieurs d’entre vous ont déjà été désagréables avec un vendeur de cellulaires, un chauffeur de taxi ou juste un inconnu qui vous aurait coupé à une lumière rouge.
Ce n’est pas glorieux, mais ça peut arriver à tout le monde. L’affaire, c’est qu’astheure, ça semble généralisé. Je ne sais pas si c’est la pandémie et toute la division sociale qui en a résulté, mais on dirait qu’on a un peu tous et toutes mangé de la vache enragée.
Alors j’essaie de me dire, quand la personne du service à l’auto n’est pas vite vite ou qu’elle oublie de me mettre du ketchup, que ça pourrait être ma fille. Est-ce que vous aimeriez ça qu’une madame roule des yeux et traite votre ado d’incapable parce qu’elle ne connaît pas le code-barre des raisins Candy? Ben c’est ça. On respire. Il y a des choses pires que ça dans la vie. Écrivez-moi si vous voulez une liste.