Bien que l’homme de 41 ans se trouve présentement au pénitencier à sécurité maximale de Port-Cartier, cela ne l’empêche pas de publier régulièrement sur les réseaux sociaux à partir de sa cellule. Dans une chanson qu’il a publiée, il se permet même de narguer l’une de ses victimes.
Celle-ci a décidé de briser le silence et de dénoncer la situation.
«Il y a quelqu’un qui ne fait pas sa job quelque part. Les réseaux sociaux sont encore là. C’est assez pour traumatiser une femme, de se lever un matin et de voir son proxénète… C’est assez pour la faire revivre son choc post-traumatique», confie celle qui témoigne sous le couvert de l’anonymat.
Noovo Info a fait écouter l’une des chansons d’Antoine à Jeny Lord Sully, qui est coordonnatrice pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle. Celle-ci a été choquée par ses propos.
«Encore une fois, il blâme sa victime. Il [dit] avoir été condamné à tort. Il est vulgaire […] C’est clair qu’il n’a aucun remords, aucune remise en question. Il a une volonté de continuer à faire du tort à la victime», analyse Mme Sully.

Le comportement d’Antoine vient justement raviver la douleur de sa victime. «On a une sentence à vie, qui est réelle. On a eu de la misère à ravoir de l’argent, à vivre notre vie comme tout le monde, à dormir, à sortir… Lui, il est capable de faire ce qu’il veut», déplore-t-elle.
Lorsque cette femme a vu qu’il était actif sur les réseaux sociaux, elle a contacté le pénitencier. La veille de son entrevue avec notre journaliste, le service correctionnel du Canada l’aurait rappelé pour lui dire qu’un cellulaire avait été confisqué. Mais le soir même, trois nouvelles chansons ont été publiées sur le compte Tik Tok de son tortionnaire.
«C’est aberrant, ça n’a même plus de sens, cette histoire. Il y a un gros problème de système. Le système est tout à revoir, on protège les criminels. On oublie encore les victimes», témoigne-t-elle.
Selon Mme Sully, la gestion de la situation envoie comme message que celle-ci n’est pas prise au sérieux. Et elle rappelle que le cas de Marty Antoine est loin d’être un cas isolé. «Si de la prison, il peut continuer à dénigrer ses victimes, ça envoie le message que oui, il fait de la prison maintenant, mais qu’on est comme société prêts à tolérer qu’il fasse d’autres victimes», laisse-t-elle tomber.
«Une priorité absolue»
Par courriel, le Service correctionnel du Canada (SCC) mentionne que la sécurité demeure la priorité absolue et affirme vouloir travailler avec les entreprises de médias sociaux pour identifier les contenus douteux publiés sur leurs plateformes afin de pouvoir mieux intervenir.
Le Syndicat des agents Correctionnels du Canada (UCCO-SACC-CSN) affirme de son côté que depuis plusieurs années, les détenus feraient face à moins de conséquences lorsqu’ils commettent des actes violents au sein des pénitenciers fédéraux. En faisant entrer des cellulaires dans les prisons, des détenus ont même trouvé le moyen de poursuivre leurs activités criminelles directement de leurs cellules.
«L’UCCO-SACC-CSN dénonce ce fléau et implore Service correctionnel Canada d’investir dans des technologies de détection de drones et des scanneurs corporels afin de limiter l’afflux du trafic de substances et matériels illicites vers nos institutions», exprime Frédérick LeBeau, premier vice-président national du syndicat.
M. LeBeau souhaiterait aussi que le gouvernement du Canada accorde aux établissements carcéraux la possibilité d’utiliser des brouilleurs d’ondes de communications à l’intérieur de leurs murs.
Le SCC indique avoir mis au point une «approche à volets multiples pour atténuer les risques liés aux objets interdits tels que les téléphones cellulaires».
Pour le reportage intégral, voyez la vidéo.