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Alex Perron a déjà annulé la mauvaise «date» par erreur – un incroyable quiproquo à l'époque du téléphone ligne dure.
Il me semble que ça fait longtemps que je ne vous ai pas refilé une petite anecdote personnelle! Je vous jure que tout est vrai! Je le jure sur la tête de mes enfants! Bon, je n’ai pas d’enfant, mais si je jure sur la tête de Princesse Leia, ma chatte, ça a moins de poids!
Anyway, je jure que cette anecdote est 100% vraie !
On est au début des années 1990 et je fréquente l’Université Laval. J’étudie en théâtre. Non seulement je fréquente l’université, mais je fréquente aussi un garçon qui étudie en histoire. Il s’appelle Philippe. On est au début de la patente, ça ne fait même pas deux mois qu’on vit les effluves du concubinage. On est à deux jours de la Saint-Valentin.
Je n’ai jamais été très fort sur les festivités de l’amour le 14 février. J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de superficiel à vouloir tout faire pour l’amour le même jour. Le souper aux chandelles, le chemin de pétales de rose jusqu’au lit, le bain avec trop de mousse et la baise pas si le fun parce qu’on digère le repas.
Mais, je sens que pour Philippe, c’est une soirée à déposer dans la case «première Saint-Valentin inoubliable».
On convient donc de souper chez lui. Ça tombe bien, son coloc est parti chez ses parents. C’est moins gênant de gueuler son plaisir quand on sait que le coloc n’est pas dans sa chambre en train d’étudier parce qu’il est seul le 14 février.
Mais, deux jours avant la journée du célèbre chérubin, je suis attaqué par un rhume d’homme gai. C’est la même chose qu’un rhume d’homme, mais on éternue avec plus de grâce. Honnêtement, je n’ai pas envie de morver dans le bouillon de fondue chinoise et j’ai le thermomètre de romantisme solidement en bas de zéro. Je décide donc d’annuler notre soirée.
C’est ici que je vous rappelle que nous sommes à l’époque des téléphones avec ligne dure. C’est le seul moyen de communication, mis à part les pigeons voyageurs et les avions avec une banderole derrière.
Je compose donc le numéro à sept chiffres de Philippe sur mon téléphone de maison. Oui, on est aussi à l’époque où localement, on n’a pas besoin d’ajouter le code régional. Philippe répond.
À VOIR ÉGALEMENT | D'où vient la Saint-Valentin?
PHILIPPE: Allo!
ALEX: Salut, c’est moi, ça va?
PHILIPPE: Oui, toi?
ALEX: Pas tant! J’ai un sale rhume. Penses-tu qu’on pourrait remettre note souper de St-Valentin? Je sais que c’est poche, mais je file vraiment pas et ce sera pas le fun.
PHILIPPE: Ben oui, j’entends ça. C’est plate, mais je comprends… On va se reprendre un autre soir. Dans ce cas-là, je vais aller à mon cours de bio.
ALEX: Je vraiment désolé! Je t’appelle demain. Je t’embrasse. Bye!
PHILIPPE: Je t’embrasse aussi. Bye !
Je raccroche. Deux secondes après avoir déposé le combiné sur le téléphone, je me dis: un cours de bio? Philippe n’a pas de cours de bio. Il étudie en histoire!
Et c’est là que mon cerveau congestionné comprend que je me suis trompé en composant le numéro de téléphone.
Je crois que j’ai inversé deux chiffres sur les pitons de l’appareil.
Je vérifie le numéro de Philippe dans mon agenda (papier) et je compose le numéro. Au bout du fil, Philippe me confirme que je n’ai jamais appelé avant cet appel. Je ne lui ai jamais parlé et je n’ai pas annulé notre souper. Probablement qu’il m’a trouvé un peu débile, mais il n’a rien laissé paraître… AHHHH!! L’amour!
Mais c’était quoi les chances?? Les chances que je compose le mauvais numéro, que je tombe sur un autre gai qui avait lui aussi un rendez-vous le soir de la Saint-Valentin?! Que tous les deux, on ne se rende pas compte qu’on ne parlait pas à la bonne personne?! La ville de Québec est petite, mais pas à ce point-là!
Tout à coup, mon cerveau imbibé de slush de mucus comprend que j’ai annulé une date qui ne m’appartient pas! Quelque part dans la ville, un gars va se faire poser un lapin rouge par ma faute!
Je tente de recomposer le mauvais numéro, sans succès. Après quelques raccrochages au nez et des insultes, je baisse les bras, je serai à tout jamais la cause de la fin d’un amour. J’essaie de me convaincre que c’est le destin qui m’a choisi pour venir en aide à un couple perdu d’avance. Je les ai aidés! Je suis le «Dark Cupidon»! Je suis un Jedi du côté sombre de l’amour!
Mais ça ne s’arrête pas là…
Trois jours plus tard, je m’assois à une table dans le coin détente du pavillon De Koninck à l’Université Laval pour manger mon lunch. À deux tables de distance, deux garçons ont une discussion plutôt animée! Le garçon blond reproche au garçon brun de ne pas être venu à leur souper de Saint-Valentin. Mais le garçon brun répète, par deux fois, que le garçon blond l’a appelé pour annuler! Le garçon blond assure qu’il n’a pas annulé! Et ça se relance la balle de l’accusation dans une partie de ping-pong musclée.
Je suis sous le choc.
Je ne peux pas croire qu’ils sont devant moi. Je capote ma vie, comme disent les jeunes! Je me dis que je devrais aller leur dire que je suis la source de leur malheur.
En même temps, je suis certain qu’ils vont me prendre pour un fou ou un gai qui veut faire un trip à trois, mais qui s’y prend de très mauvaise façon et au mauvais moment.
Bref, je ne bouge pas de ma place et je déguste mon sandwich aux œufs en les écoutant attentivement. Ils ont fini par se calmer et ils sont parti chacun de leur côté. Clairement, la partie de ping-pong n’avait pas trouvé son gagnant! Blond et brun ne se croyaient pas… Je me suis vraiment senti comme le «Dark Cupidon»!
Bonne Saint-Valentin!
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