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Économie

L’écart entre les taux d’intérêt entre le Canada et les États-Unis est là pour de bon

L’écart est l’un des facteurs qui pèsent sur le dollar canadien, qui se négocie sous les 70 cents US depuis plus d’un mois.

L'édifice de la Banque du Canada est photographié à Ottawa le mardi 6 décembre 2022.
L'édifice de la Banque du Canada est photographié à Ottawa le mardi 6 décembre 2022.
Rosa Saba
Rosa Saba / La Presse canadienne

L’écart entre les taux d’intérêt du Canada et des États-Unis s’est encore creusé, la Banque du Canada ayant réduit son taux directeur d’un quart de point mercredi, tandis que la Réserve fédérale américaine a maintenu son propre taux. 

Des experts affirment que, malgré la divergence croissante, qui exerce une pression à la baisse sur le huard, la Banque du Canada est davantage préoccupée par la menace imminente des tarifs douaniers américains et par leurs effets sur l’économie. 

Le taux de la Banque du Canada est maintenant de 3 %, après une succession de réductions l’année dernière à partir de juin, depuis un sommet de 5 %. 

Mercredi après-midi, la Réserve fédérale américaine a maintenu son taux directeur inchangé, car l’économie au sud de la frontière est restée plus résiliente face à des taux plus élevés.

La Réserve fédérale américaine a abaissé son taux directeur à trois reprises l’an dernier, le ramenant dans une fourchette de 4,25 % à 4,5 %, soit plus d’un point de pourcentage de plus que son homologue canadienne. 

Shelly Kaushik, économiste à la BMO, estime que la Banque du Canada réduira ses taux d’intérêt à deux reprises cette année, ce qui creusera encore davantage l’écart. 

Poids sur le huard

L’écart est l’un des principaux facteurs qui pèsent sur le dollar canadien, qui se négocie sous les 70 cents US depuis plus d’un mois, affirme Mme Kaushik. 

«Si nous prévoyons que cet écart se poursuivra ou même augmentera, je pense que cela continuera d’exercer une pression à la baisse sur la valeur du huard», analyse-t-elle. 

Cependant, pour l’instant, la crainte de tarifs douaniers est plus pressante pour la Banque du Canada, ajoute-t-elle. 

Le président américain Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers massifs sur les produits canadiens dès samedi, ce qui, selon les économistes, pourrait porter un coup dur à l’économie. 

La baisse des taux de mercredi est un moyen pour la banque de «créer en quelque sorte ce tampon pour l’économie canadienne», indique-t-elle. 

L’économiste principal de Placements Mackenzie, Jules Boudreau, prévient qu’il y aura une différence significative entre les taux au Canada et aux États-Unis au cours de la prochaine décennie en raison des différences économiques entre les deux pays.

«Si vous me demandez, au cours de la prochaine décennie, nous allons voir un écart de 1 à 2 % entre le taux de la Banque du Canada et celui de la Réserve fédérale. Nous n’avons pas vu cela au cours des dernières décennies, mais c’est parce que les économies étaient très similaires entre le Canada et les États-Unis.» 

Selon un rapport économique de TD de mai 2024, la dernière fois qu’un écart important entre les taux d’intérêt des deux pays a persisté, c’était entre 2003 et 2006, lorsque la Fed a augmenté les taux pour ralentir la croissance économique américaine dans un contexte de hausse des prix de l’immobilier. 

Historiquement, un écart d’un point de pourcentage a été durable, selon le rapport, notant qu’au début de 1997, l’écart entre les deux taux était de 2,5 points de pourcentage. 

«C’est un peu inhabituel, c’est sûr, d’avoir un écart aussi large entre les taux directeurs», observe Mme Kaushik. 

Des trajectoires différentes

La Banque du Canada et la Fed ont toutes deux augmenté leurs taux d’intérêt pour faire face à l’inflation au sortir de la pandémie, mais plusieurs facteurs, dont des durées hypothécaires plus courtes et une dette des consommateurs plus élevée au Canada, ont fait que l’économie nationale s’est affaiblie plus rapidement sous des taux davantage élevés, d'après Mme Kaushik. 

En plus de l’effet que des taux d’intérêt plus élevés ont eu sur l’économie, le Canada est confronté à un ralentissement de la croissance démographique et à une diminution probable des déficits publics si les conservateurs prennent le pouvoir, tandis que l’administration Trump est prête à dépenser beaucoup, selon M. Boudreau. 

«Même avant les tarifs douaniers, il aurait fallu voir un écart entre les deux taux», explique-t-il, en raison de la différence marquée de force économique entre les deux pays. 

«Il est assez clair que nous allons voir cet écart se maintenir, et nous devrions le faire, car vous voulez fixer les taux d’intérêt en fonction de votre économie nationale», ajoute-t-il. 

Avec l’éventualité d’une imposition de tarifs douaniers par les États-Unis, la Banque du Canada se trouve dans une situation difficile, selon Angelo Kourkafas, stratège principal en stratégies de placement chez Edward Jones, en raison de la menace qui pèse sur la croissance économique. 

Si le huard s’affaiblit davantage, cela pourrait être inflationniste, mais «je ne pense pas que nous soyons à des niveaux extrêmes», avance-t-il. 

«Je pense qu’il n’y a pas de réelle inquiétude pour l’instant quant au fait que la divergence crée réellement une nouvelle vague d’inflation ou qu’elle ait réellement eu un impact sur les marchés financiers», prévient-il.

Mme Kaushik admet qu’il est difficile de prédire ce qui se passera avec les taux au-delà de cette année en raison de toute l’incertitude, mais elle s’attend à ce que l’écart se creuse à court terme. 

D’un côté, les tarifs douaniers des États-Unis et les représailles du Canada seraient inflationnistes, mais les tarifs douaniers auraient également un impact significatif sur la croissance économique canadienne, ajoute-t-elle. 

«Je pense que cela annulerait tout impact à la hausse de l’inflation, du moins à court terme, conclut-elle, ce qui implique donc que le risque pour la politique de la Banque du Canada est que les taux baissent réellement, soit plus rapidement, soit même plus bas que ce que nous prévoyons actuellement.»

Rosa Saba
Rosa Saba / La Presse canadienne