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La série «Adolescence» a créé une discussion collective sur les dangers réels de la manosphère.
«Les féministes méritent de la violence et de l'intimidation.»
Voilà un des centaines de messages émanant de la communauté incel que j’ai reçus lorsque j’ai commencé à prendre la parole.
À l’heure où la série à succès de Netflix, Adolescence, a fait débouler une conversation collective sur les dangers de la manosphère, il est important de se rappeler qu’au Québec, on n’est pas mieux qu’ailleurs.
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La plupart des gens ignorent jusqu’à quel point l’existence d’une communauté dédiée à une haine viscérale des femmes nous concerne. Au Québec, il y a toujours eu cette idée dans les airs que l’égalité est gagnée et que les enjeux du monde ne nous touchent qu’à moitié.
Naviguant d’hostile à purement violent, ce qui revient le plus souvent dans les messages que je reçois, c’est leur manière de légitimer leur haine envers les femmes par l’existence d’un mouvement féministe. L’appellation «Andrew Tate des femmes» est revenue très souvent. Cette idée que la lutte féministe est l’équivalent de ce que le masculiniste notoire représente est assez pour glacer le sang.
Dans son essai Men Who Hate Women, Laura Bates a infiltré la communauté incel afin d’étudier leur mouvement en ligne et comment il se manifeste dans le vrai monde.
Bates décrit la manière dont les adhérents couvrent leur idéologie violente sous des allures de sarcasme, de provocation et d’ironie. Elle décrit l’impossibilité de parler d’égalité sans que ce soit perçu par les antiféministes comme une attaque pure et simple envers tous les hommes. Elle parle de leur renversement constant des positions de victime et d’oppresseur et leur tendance à légitimer leur colère en invoquant des «faits» historiques complètement erronés.
Tout ce que Bates décrit existe au Québec. Même s’ils étaient rédigés par des centaines d’hommes qui ne se connaissent a priori pas, les messages haineux que j’ai reçus étaient presque identiques.
Cela veut dire qu’ils ont les mêmes sources de radicalisation. Car c’est bien de cela dont il s’agit. D’une radicalisation. Et s’il était question de n’importe quelle autre tranche de la population, on traiterait ce culte avec le sérieux qu’il mérite.
Bates: «Nous n’aimons pas risquer d’offenser les hommes. Nous avons du mal à considérer les hommes blancs hétérosexuels comme un groupe homogène, même si cela nous vient si facilement pour les autres groupes de personnes car nous avons l’habitude de leur accorder le privilège d’identité distincte. Les hommes sont complexes, héroïques, uniques. Leurs décisions et leur choix sont perçus comme découlant d’un ensemble de circonstances car nous les considérons comme des personnes distinctes.»
La série Adolescence a créé une discussion collective sur les dangers réels de la manosphère, mais la responsabilité tombe sur les parents d’éviter le pire. Si la menace venait d’ailleurs, nos décideurs seraient au premier plan pour assurer notre sécurité.
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