
Originaire de Québec, Mila Benoît est directrice de l'Association francoténoise. Elle est tombée en amour avec ses rapides dangereuses, sa faune et sa flore. «Le fait que [Carney] vienne d'un milieu qui est aussi isolé, qui est nordique, ça donne une valeur un peu ajoutée peut être», pense-t-elle tout haut en entrevue avec Noovo Info. «Je ne sais pas. Je pense que Fort Smith a besoin d'être reconnue. Si ça peut nous donner un peu de visibilité, tant mieux.»
M. Carney a aussi fréquenté l'école primaire locale, qui manque d'amour depuis des années, selon un père rencontré par Noovo Info. «Nous ne pouvons faire aucune rénovation parce qu’il y a de l’amiante. Qu’est-ce qu’on fait?» se demande-t-il. «C’est un besoin, il y a beaucoup de choses dont nous avons besoin. Tu vas dans le sud et de nouvelles écoles sont construites chaque jour. Nous sommes coincés ici dans une école en ruines pour nous enfants.»

Un ex-président de la Chambre de commerce de Fort Smith a déjà invité Mark Carney à venir à la rencontre des entrepreneurs locaux il y a 20 ans au Canada. Il le décrit comme un homme généreux.
«Carney était le gouverneur de la Banque du Canada», se souvient-il. «Il a parlé avec nous, il était comme l’un des nôtres. Il était vraiment captivant comme il l’est maintenant. Je suis un grand admirateur de Mark Carney, je pense que c’est vraiment un bon gars.»
La mairesse de Fort Smith souhaite d'ailleurs que les enjeux de la communauté soient mis de l'avant, advenant l’élection de Mark Carney. «Fort Smith est sa ville d’origine», souligne Dana Fergusson. «Ce serait peut-être bien de parler de nos préoccupations comme la crise du logement, notre économie.»
«J’espère qu’il sera là pour donner cette voix dont le Nord a besoin.»
Un autre homme rencontré par Noovo Info, lui, n'a pas confiance. «Le gouvernement du Canada devrait savoir que les Territoires du Nord-Ouest existent», dit-il. «Nous avons besoin d’une voix pour notre peuple. Et ce n’est pas juste pour la population autochtone, mais pour tous les Territoires au complet.»

Le vague souvenir de Carney à Edmonton
M. Carney a passé une partie de sa vie à Edmonton, où son père a d’ailleurs été député pour le PLC. Bien qu’il a gradué à l’école secondaire, peu de gens se souviennent de lui.
«Je ne savais pas qu'il venait de là», dit une jeune femme rencontrée dans la capitale albertaine. «J'aimais bien avoir un premier ministre qui parle bien français. Je sais que M. Carney fait aussi des efforts.»

En fait, à Edmonton, les électeurs semblent beaucoup apprécier la députée fédérale actuelle qui représente le Nouveau Parti démocratique (NPD). « Heather McPhersen a aidé des femmes à partir de l’Afghanistan», explique une dame qui confie qu’elle va voter à nouveau pour elle.
L’ombre de Trump
Selon les experts, ce n'est pas pour rien que Mark Carney ne s'est pas présenté dans une des circonscriptions d'Edmonton. S'il a la cote dans la communauté francophone, ce n'est pas le cas chez les anglophones. Frédérick Boily, professeur à l’Université de l’Alberta, pense qu’il aurait perdu en suivant un tel scénario.
«Une éventuelle défaite de Mark Carney à Edmonton, même avec une victoire des libéraux qui pourraient se maintenir au pouvoir avec un gouvernement minoritaire ou majoritaire, aurait été vue fort probablement par Donald Trump comme une preuve de faiblesse», explique le professeur Boily. «Et les gens, ici comme ailleurs au pays, sont inquiets avec les menaces de Donald Trump.»

Dans un quartier non loin de l’université, un homme a pris le soin d'installer sur sa résidence un drapeau pour avertir que le Canada n'est pas à vendre. «Je pense que Trump aime intimider», affirme-t-il. «Tu veux le Canada? Bonne chance!»
La préférence politique de ce résident d’Edmonton est dure à discerner.
«Vous savez quoi? Je ne peux pas donner mon opinion parce que peu importe qui est élu, il vont faire ce qu’il veut; [les candidats] ne se préoccupent pas du coût de la vie.»
Peut-être que d'ici l’élection fédérale du 28 avril, Mark Carney saura aller gruger certains votes du NPD, mais tous s'entendent pour dire que pour l'instant, en Alberta, c'est le chef conservateur Pierre Poilievre qui a conquis les électeurs.