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Sa pièce «La Sagouine», jouée pour la première fois en 1971 par Viola Léger, a connu un immense succès.
Antonine Maillet, romancière, dramaturge et fièrement Acadienne, est décédée lundi à l'âge de 95 ans, a annoncé son éditeur, Leméac.
Mme Maillet «s’est éteinte paisiblement dans la nuit du 17 février à son domicile de Montréal», indique Leméac dans un communiqué lundi.
L'écrivaine, originaire du Nouveau-Brunswick, est devenue en 1979 le premier écrivain canadien à recevoir le prestigieux prix Goncourt, pour son roman Pélagie-la-Charette.
Antonine Maillet était née le 10 mai 1929, à Bouctouche, puis avait fait des études universitaires, dont un doctorat en littérature obtenu en 1970 à l'Université Laval.
Elle a mené de front les carrières d'enseignante et d'écrivaine, en plus de travailler comme animatrice et scénariste à Radio-Canada et CBC, à Moncton.
Son œuvre est inspirée de l'histoire, de la langue, du folklore, des traditions et des caractéristiques géographiques de son pays, l'Acadie.
Auteure prolifique, Antonine Maillet a écrit plus de 12 pièces de théâtre et plus d'une vingtaine de romans. Elle a publié en 1958 sa première pièce, Poire-Acre, et son premier roman, Pointe-aux-Coques. Son œuvre se veut une célébration de la langue et du patrimoine des Acadiens.
Sa pièce La Sagouine, jouée pour la première fois en 1971 par Viola Léger, a connu un immense succès. Le roman Pélagie-la-Charette, qui lui a valu le Goncourt, a rendu l'auteure célèbre en France. Le livre a été vendu à plus d'un million d'exemplaires.
Comme le déclarait Antonine Maillet elle-même, la publication de ce roman, c'était un peu la revanche de ses ancêtres. Son monde imaginaire est issu de l'environnement, de l'histoire et du peuple acadien. Ses romans, souvent adaptés au théâtre, réunissent l'aventure, le désir, la frustration, la souffrance et la joie, et redonnent une image plus authentique de l'Acadie, d'où ressort une vision épique.
La pièce La Sagouine, en plus d'être un grand succès littéraire, a été publiée à un moment crucial pour les Acadiens, redonnant à leur culture distincte un renouveau et une fierté.
Dans une entrevue au quotidien Le Devoir en 2010, Mme Maillet déclarait qu'elle avait combattu un triple handicap en littérature: être femme, acadienne et petite. «Petite, ça m'amuse! Mais si j'ai un titre de gloire, c'est celui d'avoir fait passer l'acadien d'une langue orale à l'écrit.»
Avant d'écrire La Sagouine, Antonine Maillet s'était demandé: «Qu'est-ce qui est au fond de moi qui n'a pas été dit? Et ce qui est ressorti, c'est La Sagouine!».
Toujours au Devoir, après la parution de son essai «Fais confiance à la mer, elle te portera», en octobre 2010, l'écrivaine déclarait qu'elle courait encore après son grand livre, tout en indiquant qu'elle sentait une urgence.
«Ça transforme, vieillir. On peut avoir moins de pudeur. On peut se permettre de se mettre l'âme à nu. De parler de Dieu ou des mystères, sans passer pour une bigote ou sectaire ou je ne sais quoi. Qu'est-ce que j'ai à perdre, maintenant, de dire ce que je pense?»
Parmi ses oeuvres, on retrouve, entre autres, Don l'Orignal (1972, prix du gouverneur général), Mariaagélas (1973, Prix France-Canada), L'Acadie pour quasiment rien (1973), Évangeline Deusse (1975), Les Cordes-de-bois (1977), La Gribouille (1982), mais aussi Le Huitième Jour (1986), L'Oursiade (1990), Comme un cri du cœur (1992), Les Confessions de Jeanne de Valois (1992), Le Chemin St-Jacques (1996), Chronique d'une sorcière de vent (1999) et Madame Perfecta, qui a été finaliste pour un prix Odyssée en 2002.
Reçue compagnon de l'Ordre du Canada en 1981, Antonine Maillet était aussi membre de l'Ordre du Nouveau-Brunswick depuis 2005 et officière des Arts et des Lettres de France. Elle avait mérité la médaille Lorne Pierce de la Société royale du Canada en 1980 et obtenu nombre de diplômes honorifiques de plus d'une vingtaine d'universités canadiennes et internationales.
Son engagement pour l'Acadie et pour son peuple a contribué à leur épanouissement au cours des dernières décennies. Lors d'un événement organisé en France pour souligner le 400e anniversaire de l'Acadie, en 2004, elle avait d'ailleurs déclaré: «L'Acadie a besoin de dire qu'elle est, qu'elle fait partie (...) de la francophonie du monde entier, et que par conséquent, elle a sa place dans le monde, et que cette place est unique, comme chaque peuple au monde.»
Lors du huitième Sommet de la francophonie, tenu à Moncton en 1999, elle avait remis au président français Jacques Chirac un doctorat honorifique en sciences politiques. De plus, elle a fait partie du conseil d'administration de la Fondation Baxter et Alma Ricard, avec la famille Desmarais et Roméo LeBlanc, gouverneur général du Canada de 1995 à 1999.
Elle est devenue en 1989 la première femme à occuper le poste de chancelière de l'Université de Moncton, jusqu'en 2000. L'année suivante, l'université la nommera «chancelière émérite», aussi une première pour cette institution.
Antonine Maillet partageait son temps entre Montréal, où elle habitait à Outremont sur une avenue qui porte son nom, et le Nouveau-Brunswick, où elle possédait un phare.
En 2022, elle a publié Mon testament, où elle écrit à douze des grands personnages qui ont façonné son oeuvre romanesque: Pélagie-la-Charrette et la Sagouine, bien sûr, mais aussi Tit-Rien, Mariaagélas, Don l'Orignal, Jeanne de Valois, Pierre Bleu ou Madame Perfecta.
Et en mai 2024, elle publiait Le roi Ovide XIX, une fable où l'écrivaine utilisait à l'envi des mots «vieux français» du terroir acadien, pour ne pas qu'ils disparaissent.
La présidente de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Nicole Arseneau-Sluyter, a estimé lundi qu'Antonine Maillet avait été «la meilleure ambassadrice que l’Acadie ait connue».
«Elle a fait rayonner notre culture au sein de la francophonie canadienne et à l'international. Son héritage littéraire et culturel continuera de nous inspirer», écrit Mme Arseneau-Sluyter.
L'Université de Moncton, qui a mis les drapeaux en berne pour dix jours sur ses trois campus, a parlé d'«un moment de grande tristesse pour l’Acadie, le Nouveau-Brunswick et toute la Francophonie».
«Madame Maillet a été une amie inconditionnelle, une bienfaitrice généreuse et une grande ambassadrice de l’Université de Moncton. Son engagement indéfectible envers la plus grande institution acadienne a été très important et laisse un héritage durable», écrit l'établissement dans un communiqué.
Le premier ministre Justin Trudeau a salué une «figure marquante de la littérature canadienne et l’une des plus grandes voix de la communauté acadienne».
«L’œuvre de Mme Maillet nous a aidés à mieux comprendre et apprécier la culture acadienne et a fait d’elle une créatrice de renom, écrit le premier ministre. Elle était un symbole de la fierté et de la résilience acadiennes, et je sais que sa voix incitera les prochaines générations à célébrer les histoires qui font toute la richesse et la diversité de la mosaïque culturelle canadienne.»
La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a estimé que le Canada perdait «une grande figure du patrimoine acadien».
«Auteure de La Sagouine et seule francophone non-européenne à avoir remporté le prestigieux prix Goncourt, elle a fait rayonner l’Acadie. Son héritage littéraire perdurera», écrit la ministre St-Onge sur X.
La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a salué la mémoire d'une «fière Acadienne, pionnière littéraire et ardente défenseure de la langue française».
«Son œuvre a donné une voix au peuple acadien, inspirant des générations à célébrer leur identité et leur patrimoine, écrit Mme Holt. L’héritage d’Antonine Maillet perdurera par le biais des histoires qu’elle a racontées, la fierté qu’elle a suscitée et ses contributions au tissu culturel de notre province.»
Le premier ministre François Legault s'est souvenu «des monologues songés de la Sagouine avec son bel accent acadien».
Le ministre de la Culture du Québec, Mathieu Lacombe, a salué la mémoire de cette «géante de la littérature d’expression française, pionnière de la littérature acadienne qui aura atteint un vaste public grâce à ses romans, son théâtre et ses monologues de La Sagouine et a montré que l’universel se trouvait aussi dans la réalité locale».
«Une triste perte. Son œuvre lui survivra et lui assurera une grande place dans l’histoire des lettres», écrit le ministre Lacombe.
Le président français, Emmanuel Macron, a également réagi à son décès dans une publication sur Instagram, indiquant que «la Francophonie ce soir la pleure, de l’Acadie au Pacifique».
«Nous joignons au chagrin universel l’engagement de porter sa cause, notre langue française», a-t-il ajouté.
Note de la rédaction: la version initiale de cet article la citation d'Antonine Maillet qui commence par «L'Acadie a besoin de dire qu'elle est (...)» n'aurait pas été prononcée dans le cadre du premier Congrès mondial acadien en 1994, tel qu'écrit dans une version précédente, mais elle l'a bel et bien été lors d'un événement organisé en France pour souligner le 400e anniversaire de l'Acadie, en 2004. Pour plus d’information, consultez les normes éditoriales de Noovo Info.