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Société
Chronique |

Tesla et phallus

Au-delà de la peinture et autres crimes plus sérieux, la grogne sociétale s’organise. Est-ce une justification suffisante pour la désobéissance civile?

La fronde contre Tesla, néo-effigie de la révolte occidentale, a parfois le don, soyons honnêtes, d’arracher un sourire. Particulièrement lorsque sont dessinés de majestueux phallus à même le Elonbazou, idéalement avec le propriétaire bien sis sur le siège conducteur.

J’ai quatre ans, je sais.

Aucune approbation ici du concept de méfait, que l’on se comprenne bien, prohibée de toute manière par mon job d’officier de justice. Reste, cela dit, que le symbole est puissant et outrepasse de loin la seule bravade adolescente ou l’interdiction pénale classique. Il réfère davantage en filigrane à l’essence même du contrat social.

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Parce qu’au-delà de la peinture et autres crimes plus sérieux, la grogne sociétale s’organise. D’abord parcellaire, bientôt quasi collective. Celle de la frange non trumpiste, refusant le protofascisme et l’affaissement des socles démocratiques cédant, chaque jour, sous le poids des attaques sauvages et répétées d’une administration dont Musk se veut la figure de proue.

Mais est-ce une justification suffisante pour la désobéissance civile? Tout dépend de la nature de la lutte et du degré inique de l’injustice.

Qui, ici, lancerait aujourd’hui des roches à Mandela pour son opposition à l’apartheid, malgré les bombes (sans violence toutefois contre l’individu) posées? Le caractère iconique du leader sud-africain s’étend jusque dans sa cellule de jadis, que j’ai visitée cet été, sur Robben Island. Du respect au millimètre carré, comme partout ailleurs, croyez-moi.

Qui, aussi, pour pestiférer contre Rosa Parks et son refus de s’asseoir à l’arrière de l’autobus?

Contre Martin Luther King et ses manifestations «illégales»?

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Contre Gandhi, lequel affirmait que «la désobéissance civile est la clé du pouvoir», que «le Parlement n’a aucun pouvoir ni même existence indépendamment du peuple », et que si ce dernier « juge injustes les lois émanant de l’Assemblée, il lui suffit de désobéir pour que cette dernière périclite».

Réponse? Personne.

En bref, si le contrat social est rompu par l’administration, la révolte sera considérée comme légitime, voire impérative. Dixit le philosophe Alain : «Tout peuple qui s’endort en liberté se réveillera en servitude.»

Or, un truc weird attire ici l’attention: le pouvoir, dans les cas de Mandela, Park, King et Gandhi, se réfugiait derrière une règle de droit injuste (et raciste) afin de poursuivre ses (viles) fins. Dans le cas Trump et Elon, l’affaire est distincte: il s’agit plutôt d’une violation constante et assumée des règles en place. Celles assurant un minimum de justice et d’équité sociale par le prisme des droits fondamentaux (ou du droit tout court).

Dit autrement, l’Exécutif américain met lui-même à mal, avec une force stratosphérique, le régime normatif sur lequel repose ledit contrat social. Comment une administration hors-la-loi peut-elle ordonner, sans rire, le respect d’un État de droit maintenant embrasé par sa seule faute?

Comique, d’ailleurs, de voir Washington promettre jusqu’à 20 ans de prison pour du «terrorisme intérieur contre Tesla». Dixit la porte-parole de la Maison-Blanche: «La marque Tesla était adorée par les Américains, en particulier les démocrates, jusqu’à ce qu’Elon Musk décide de voter pour Donald Trump.»

Un crime de terrorisme sur mesure, donc, sur fond de désagrément partisan? Pas parfaitement précis. Plutôt ceci : des actes de méfaits à l’encontre d’une entreprise symbolisant, du fait de son Big Boss, l’oppression, le nazisme (et ses saluts), la violation et l’assaut du droit, du pouvoir judiciaire et autres fondements de la démocratie américaine.

Justifiée et justifiable, la désobéissance civile?

L’Histoire, à l’instar des cas de figure précédents, sera éventuellement appelée à la barre des témoins. Question d’évaluer, défense de nécessité en main, le caractère immoral et criminel de l’insolent phallus.

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