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Défendons les idéaux de justice, de paix et d’équité, munitions formidables au front de l’humanisme.
— On ne te voit plus sur les réseaux sociaux ?
— Non, j’ai tiré ma révérence. Ils ont gagné, il n’y a plus rien à faire. Et je dois préserver ma santé mentale, tu comprends? Depuis mon «départ», je te jure, mon anxiété est diminuée de moitié.
La bouille de mon copain, d’ordinaire combattant, supplie l’indulgence. Celle de rejeter grief pour inertie militante. Accordée, bien entendu. Qui suis-je, de toute manière, pour forcer la lutte?
S’il était isolé, le commentaire relèverait, par définition, de l’anecdote. Tout le contraire, côté mathématique. Parce qu’à chaque café, lunch ou rencontre inopinée sur la rue, il revient, inlassable et opiniâtre. Oui, on a abandonné. Sauve qui peut devant, ou plutôt avant, le déluge. Bravo à l’extrême droite et autres fascistes, politiciens ou haut-parleurs médiatiques — pour leur victoire.
Vient en tête, souvent, la prose de Vulgaires Machins : «décâlissez-là ma planète, décrissez Mars avec, les électeurs sont des morons, profitez-en, ils vous la laissent.»
Aucune idée pour Mars, mais pour la Terre, c’est bien parti. Au moment d’écrire ces lignes, bien assis à Lima au Pérou, devant une mirifique vue, on apprend la petite dernière en provenance de Washington : la fin de l’opposition militaire à la Russie, sur le territoire ukrainien.
Suite logique, bien entendu, du récent guet-apens (mafieux) anti-Zelensky orchestré par la Maison-Blanche. Un néo-régime maintenant en marche. Quelques salopards nec plus ultra, appuyés par une flopée d’oligarques l’étant tout autant, sur le point de se partager l’entièreté de la tarte planétaire. En filigrane assumé : avarice, violence, mensonges et méchanceté pure.
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Que restera-t-il de ces paysages, son monde, une fois la planète à feu et à sang militaire ?
Le découragement. La guerre lasse. L’anxiété, surtout. On le conçoit aisément.
L’être et le néant, écrivait Sartre, jadis. Le philosophe explique que l’angoisse est, au final, la conscience de la liberté. Que l’existence se manifeste dans le choix des actions. Que la responsabilité de construire notre avenir est entre nos mains! Que de ce fait, ce même avenir est nécessairement incertain, et qu’il est impossible d’échapper, par conséquent, à l’anxiété et au désespoir.
Et quand le bijou a-t-il été rédigé? Pendant l’Occupation allemande. Là où l’auteur, comme ses camarades existentialistes, craignait l’emprisonnement par les nazis et, pire encore, qu’on leur fasse bouffer leurs manuscrits respectifs. Pas super jojo, l’époque, là non plus.
L’action, malgré la douleur occasionnée, à titre d’antidote contre le Mal. Parce qu’il n’existe, au final, aucune solution de rechange valable.
Dénoncer les haut-parleurs de haine. Ceux qui nient l’existence même de l’extrême droite. Passent leurs chroniques temps plein à varger sur l’immigrant, la minorité sexuelle ou autres. À vanter les Jean-Marie Le Pen de ce monde. À excuser les saluts nazis ou ses principales locomotives. À faire gober que le discours de J.D. Vance, à Munich, n’avait «rien de scandaleux».
Assurons, dis autrement, que la honte change de camp.
Refusons la méchanceté, les condos sur les cadavres encore chauds de Gaza, le pilage de l’Ukraine. Les menaces d’annexion du Canada, du Groenland et du Panama, et de celles (probablement) à venir.
Le retrait des institutions internationales qui, bien qu’imparfaites, offrent contrepoids aux velléités trumpistes.
Les attaques frontales envers le pouvoir judiciaire, gardien de l’État de droit.
Rappelons-le pourquoi du paradigme des droits fondamentaux, construit sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale.
Défendons les idéaux de justice, de paix et d’équité, munitions formidables au front de l’humanisme.
L’heure de la résistance est venue. Le luxe du temps s’est évanoui depuis, mais il en reste un brin. Et le nombre, celui des gens de bonne foi, se trouve en notre faveur. Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de chose à mépriser, disait Camus. Ceci vaut également, mathématiquement parlant.
Les mots de la fin à Jim Morrison et ses Doors :
Five to one, baby, one and five
No one here gets out alive
Now, you get yours and I get mine
Gonne make it baby if we try
We all get old and the young get stronger
May take a week and it may take longer
They got the guns but, we got the numbers
Gonna win you we’re taking over
Get together one more time
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