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Après la tragédie ferroviaire, des centaines de personnes ont quitté Lac-Mégantic, en Estrie. Mais certains sont restés. Et depuis, d’autres sont venus y poser leurs valises. Ensemble, ils représentent l’avenir de la petite municipalité.
Après la tragédie ferroviaire, des centaines de personnes ont quitté Lac-Mégantic, en Estrie. Mais certains sont restés. Et depuis, d’autres sont venus y poser leurs valises. Ensemble, ils représentent l’avenir de la petite municipalité.
En 2011, année du dernier recensement avant l’accident, la population de la municipalité était de 5954 habitants, selon Statistique Canada. Ce nombre a chuté de 300 personnes pour s’établir à 5654, en 2016. Pendant ce temps, la population du Québec a connu une hausse de 3,3%.
Le vent a toutefois tourné. La population méganticoise a enregistré en 2021 sa première hausse (1,6%) de la décennie. Une croissance attribuable en partie aux gens qui ont choisi de rester, notamment les jeunes.
Parmi ces jeunes qui ont grandi à Lac-Mégantic, on retrouve Frédérique Vachon, une enseignante de la région qui a évité de très près le pire, le 6 juillet 2013.
Âgée de 20 ans à l’époque, Frédérique travaillait dans un resto-bar situé à quelques minutes du Musi-Café sur la rue Frontenac, qui a été complètement détruit par le déraillement du train, et est devenu un symbole de la tragédie.
Par chance, le bar où elle se trouvait n’était pas très occupé pour un vendredi soir.
«J’ai quitté une quinzaine de minutes avant que l’explosion ait lieu au centre-ville», raconte Frédérique, aujourd’hui âgée de 30 ans.
Une fois rendue à la maison de ses parents située tout près du chemin de fer, Frédérique et sa famille ont ressenti des vibrations «très fortes comparées à d’habitude». Il était 1h14. L’accident qui venait de se produire coûtera la vie de 47 personnes.
«C’est seulement quand je suis allée chercher ma grand-mère, plus près du centre-ville, que j’ai compris que c’était une situation qui n’allait pas être gérable avec quelques pompiers», poursuit l’enseignante.
Dix ans plus tard, maintenant mère de famille, Frédérique se sent «reconnaissante et chanceuse» de ne pas avoir perdu des proches dans la tragédie.
«Le cœur de ce qui s’est passé, et de cette tragédie-là, c’est les gens», exprime-t-elle. Malgré tout, l’expérience a eu un effet important sur sa vie, admet-elle. «Ça m’a amené une urgence de vivre.»
Les personnes qui ont choisi de s’installer à Lac-Mégantic pour y bâtir leur propre vie ont indirectement — ou directement — choisi de participer à la reconstruction de la municipalité.
Parmi ces nouveaux résidents, on retrouve Joanie Raîche, qui est arrivée à Lac-Mégantic seulement quelques mois après la tragédie ferroviaire pour aider avec l’organisation des loisirs de la ville.
Dès son arrivée, Joanie était consciente qu’un certain niveau de respect était nécessaire envers les personnes qui ont vécu la tragédie de près. Originaire de Trois-Rivières, elle a pris un temps pour «faire sa place».
«Mon intention était plus d’y aller subtilement, au fur à la mesure, et de me faire des amis parce que je ne connaissais pas du tout Lac-Mégantic», raconte-t-elle.
Et elle continue d’avoir ce même respect pour les anciens résidents, notamment lorsque l’histoire de la tragédie est racontée dans les médias. Elle s’assure toujours de tenter de comprendre leur perspective. Mais elle se sent aujourd’hui bien ancrée dans la communauté.
«Je prends ma place comme Méganticoise maintenant.»
Émilie Carpentier, une amie de Joanie, a également pris un certain temps à s’accoutumer à ce fossé qui sépare les nouveaux et les anciens résidents.
«Je suis arrivée après. Donc, je ne me suis jamais permis d’avoir une opinion par rapport à ce qui s’en vient depuis la tragédie», partage Émilie, arrivée à Lac-Mégantic il y a près de quatre ans.
Pour Émilie, c’est l’accessibilité à la nature, notamment aux montagnes et au lac qui les ont séduits, sa famille et elle. Le changement au rythme «métro-boulot-dodo» auquel elle était habituée sur la Rive-Sud de Montréal y était aussi pour beaucoup.
Malgré la tragédie, la ville s’est construite de manière positive, estime Joanie. «Il y a eu beaucoup de sujets où on a pu s’impliquer, et moi je me suis permis de le faire. Ç’a été un bon renouveau finalement.»
Et aujourd’hui, les deux amies se permettent de dire qu’elles font aussi partie de l’avenir de la région.
«On fait tous partie de l’avenir de Mégantic, et justement, il y a de la place, lance Émilie. Il y a de la place pour créer, il y a de la place pour rêver.»
Les gens, c’est souvent ce qui fait la beauté d’une petite communauté. Pour Frédérique Vachon, qui a grandi et vécu dans la région toute sa vie, l’essence de Lac-Mégantic persiste.
«C’est les gens qui sont chaleureux, la nature qui entoure la région, c’est la proximité dans les services de connaître son boulanger et sa petite épicerie de quartier!»
Selon l’enseignante, les nouveaux arrivants qui ont choisi la région pour s’y établir au cours des dernières années incarnent eux-aussi cette même essence méganticoise.
«J’ai le goût que ma fille bénéficie de grandir dans la région avec tout ce que ça l’a de beau», conclut Frédérique.