Début du contenu principal.
La CAQ apparaît maintenant encore moins pro-laïcité que le PLQ.
J’ai une confidence à vous faire… Je m’explique vraiment mal comment un gouvernement qui a fait de la laïcité de l’État l’un de ses principaux chevaux de bataille peut, en même temps, défendre logiquement le financement public d’écoles privées religieuses.
Tout cela me semble extrêmement incohérent.
Comme ancien militant de l’Action démocratique du Québec (ADQ) du temps de Mario Dumont, et surtout comme ancien employé politique au sein du gouvernement de François Legault de 2018 à 2020, je me désole profondément de voir la Coalition avenir Québec (CAQ) prendre un virage que l’on pourrait facilement qualifier de «mou» sur la question de laïcité de l’enseignement au Québec.
Soyons honnêtes: ça fait vraiment longtemps qu’on aurait dû cesser de financer des écoles religieuses à même l’argent des contribuables. Dans une province où la séparation entre l’État et les religions revêt une importance capitale depuis la Révolution tranquille, il y a plus de 60 ans, ça ne fait tout simplement aucun sens.
Le parti de François Legault s’est fait élire en 2018 en partie grâce à son courage et son audace sur les questions d’identité et de laïcité, n’ayant pas peur d’affirmer haut et fort les principes de neutralité, d’équité et d’inclusion fondamentaux pour la nation québécoise. Il l’a bien démontré avec l’adoption historique de la Loi 21, sans doute l’un des plus importants legs du gouvernement Legault aux générations futures. J’étais là à l’époque et j’en suis extrêmement fier.
Six ans plus tard, cette connexion jadis si forte avec une majorité de la population semble s’être en grande partie effacée. Ça explique notamment pourquoi le gouvernement caquiste est au plus bas dans les intentions de vote à l’heure actuelle. Alors que les tenants de la laïcité appuyaient massivement la CAQ par le passé, ils semblent aujourd’hui être de plus en plus nombreux à se tourner vers le Parti québécois (PQ) de Paul St-Pierre-Plamondon, devenu à leurs yeux le nouveau champion de la laïcité au Québec.
Gageons que cette nouvelle prise de position, qui touche d’autant plus nos enfants, fera perdre encore plus perdre de plumes à la formation de François Legault, particulièrement dans des segments clés de l’électorat qui lui étaient jusqu’à récemment relativement acquis, comme les régions et les familles.
En défendant le financement public des écoles religieuses alors que les trois partis d’opposition sont unanimes sur la question, la CAQ apparaît maintenant encore moins pro-laïcité que le Parti libéral du Québec (PLQ). C’est pas peu dire…
À VOIR ÉGALEMENT | Climat toxique à l'école Bedford: «il disait à mon enfant "tu n’es pas capable"»
Parlant d’une seule voix, les partis d’opposition ne lâcheront assurément pas le morceau de sitôt et continueront de talonner nos décideurs sur cet enjeu clivant. Ultimement, la pression continuera de s’accentuer sur les épaules du gouvernement jusqu’à ce que celui-ci finisse probablement par céder et accepter de faire marche arrière, soit en abolissant purement et simplement le financement public des écoles privées religieuses, soit en lançant une consultation publique ou une commission d’enquête sur la question, un peu comme un «Bouchard-Taylor 2.0», version éducation. De quoi gagner un peu de temps en offrant à la population l’occasion de se prononcer et d’être entendue par nos élus sur cette importante question en attendant qu’une décision finale soit prise.
Plus François Legault attendra avant d’agir, plus l’enjeu prendra de l’ampleur dans les médias et l’espace public, et plus il finira par devoir en payer le prix par la perte d’appuis essentiels chez celles et ceux qui ont la laïcité à cœur et qui lui ont accordé leur confiance par le passé pour ces mêmes raisons. Et ils sont nombreux au Québec. Très nombreux.
Au point où la CAQ en est actuellement dans les sondages, peut-elle vraiment se permettre le luxe de se mettre encore plus à dos ce noyau dur d’électeurs qui lui a permis de remporter deux majorités consécutives depuis 2018?
Pour plus de chroniques des collaborateurs de Noovo Info, abonnez-vous à l'infolettre Les débatteurs du samedi.