Une femme de son âge se souvient très bien de lui lorsqu’il était enfant. «Il était très intelligent, selon mes souvenirs, et calme. Je le soutiens. Je pense qu’il est juste et qu'il a de bonnes valeurs. Il avait toujours l’air de savoir ce qu’il faisait», a-t-elle confié à notre micro.
Mais pour une autre, le son de cloche est différent.
«J’espère vraiment qu’il ne gagnera pas. Je ne pense pas qu’il soit un bon leader, il est très négatif et embarrassant.»
Si plusieurs s'entendent pour dire que les idées de Poilievre sont polarisantes - surtout en Ontario et au Québec - c'est plutôt moins le cas en Alberta, en particulier à Calgary, où se trouve sa base.
Comparativement au Québec et à l'Ontario, c'est frappant de voir à quel point il n'y a pas d'affiches électorales; nulle trace des libéraux et quelques affiches du NPD sont apparues en dix jours. Les seules qui sont visibles en bordure des routes sont celles des conservateurs qui remporteront la majorité des sièges albertains, selon la professeure en sciences politiques de l’Université de Calgary, Lisa Young. Elle explique que c’est en partie parce que le chef conservateur n’a pas le même discours quand il s’adresse à sa base.
D’ailleurs dans une entrevue qu’il a accordée en janvier à l’animateur conservateur Jordan Peterson, il brandit à plusieurs reprises les menaces économiques, dont celle de la souveraineté du Québec, un sujet qu’il aborde peu quand il visite l’Est.
M. Peterson avançait que le séparatisme québécois était la 6e menace à l’intégrité du pays. M. Poilievre lui a répondu: «Ce mouvement était complètement mort au Québec, mais il refait surface aujourd’hui. Ironiquement, c’est plus du désespoir qu’autre chose. Il est intéressant de constater que le leader du PQ avance des arguments économiques...»

Selon Mme Young, il pèse davantage ses mots quand il s’adresse aux électeurs d’ailleurs au pays.
«En dehors de la base du parti, son message est un peu plus modéré et il revient sur les questions d’accessibilité au logement.»
Avec les Albertains, il parle sans cesse d’économie et le tout semble porter fruit. Sur l’une des importantes artères, un garagiste qui a pignon sur rue depuis 20 ans affiche le message lumineux «Achetez canadien». Il est fier de nous accueillir dans le commerce «On vend des produits canadiens ici. L’Alberta est notre priorité. Nous devons faire passer l'Alberta en premier. Poilievre est bon pour l’Alberta et le Canada», affirme-t-il.

D'ailleurs, selon Mme Young, 20% des Albertains sont souverainistes et plusieurs seraient d’accord de devenir un 51ᵉ État. «Un nombre similaire, peut-être un peu moins élevé, serait favorable à l’idée d’adhérer aux États-Unis. Plusieurs Albertains ont le sentiment que la province est incomprise et traitée injustement dans la confédération canadienne».
Ce n’est donc pas pour rien que la première ministre albertaine, Danielle Smith, a sans gêne comparé Poilievre à Trump en entrevue en début de campagne. Ses propos ne choquent pas la base conservatrice albertaine. «Les commentaires de Mme Smith sont un problème (pour Poilievre). Il ne veut pas être perçu comme une version canadienne de Donald Trump, car ce sera difficile pour lui de conserver des appuis hors de sa base», ajoute Mme Young.
Dans un restaurant à déjeuner au au centre- ville de Calgary, les avis sont plutôt en faveur du Parti libéral du Canada. «Je trouve que Poilievre fait preuve de trop de patriotisme canadien», répond un homme.«Je n’aime pas Pierre. Je ne pense pas qu’il sait ce qu’il fait. Il est trop agressif, trop conventionnel», commente un autre.
Dès qu'on s'éloigne des tours et qu'on se rapproche du parc industriel et des usines, Poilievre est le favori.
«Je gère des entreprises ici et à Victoria et les libéraux ne gèrent pas des affaires.»
Même certains jeunes adoptent les idées conservatrices de M. Poilievre comme cet étudiant de 21 ans.
«Je vais voter pour Pierre Poilievre. Je pense qu’il est vrai. Il fait appel aux valeurs des Canadiens qui travaillent dur. Il fait des propositions tangibles pour améliorer notre économie et notre société.»
En terminant, l’experte croit que les libéraux auraient avantage à visiter l’Alberta sans quoi les conservateurs risque de marquer très fort.
«Il serait important que M. Carney passe du temps en Alberta pendant la campagne, symboliquement, pour contredire l'idée que les libéraux ne se préoccupent pas de l’Alberta.»
Il reste maintenant à savoir si M. Carney ira visiter les Albertains durant la campagne pour rétablir un lien de confiance, mais plusieurs préfèrent parier qu'il concentrera ses énergies sur le Québec et l'Ontario.
Voyez le reportage de Véronique Dubé dans la vidéo.