Le plus vieil aéroport civil du Canada, celui de Saint-Hubert sur la Rive-Sud de Montréal, a retrouvé sa superbe avec l’inauguration, lundi, du nouveau Terminal YHU, de ce qui est devenu l’Aéroport métropolitain de Montréal, le MET.
Fidèle à la tradition aéroportuaire, le vol inaugural en partance du MET, un vol Montréal-Vancouver de Porter Airlines, a été salué sur le tarmac par des arches d’eau projetées par les camions du service d’incendie aéroportuaire.
«Depuis 40 ans, l’avenir de l’aéroport de Saint-Hubert fait l’objet de spéculation. Situé aussi près du centre-ville de Montréal, le potentiel de cet aéroport a toujours été indéniable. Aujourd’hui, à l’aube de notre 100e anniversaire, nous ouvrons un nouveau chapitre de son histoire, le chapitre du MET, Aéroport métropolitain de Montréal», a déclaré Simon-Pierre Diamond, président par intérim du MET, lors de la cérémonie protocolaire d’inauguration.
Transformation pour les Montréalais
Selon le chef de la direction de Porter Airlines, Michael Deluce, «cet aéroport va transformer la manière dont voyagent les Montréalais. La moitié de la population de Montréal a un temps de trajet plus court pour se rendre ici qu’à l’aéroport alternatif (Dorval). Et une fois rendus ici, c’est là que l’aéroport brille. On vous dirige à l’avion en 10 minutes, sans longues files d’attente à la sécurité. Il y a un grand salon d’attente (NDLR: 900 places) qui, dans les autres aéroports, est habituellement réservé à la classe affaires.»
L’infrastructure de 21 000 mètres carrés a une capacité qui lui permettra à terme d’accueillir 4 millions de passagers par année, soit une moyenne de 10 000 par jour, mais jusqu’à 15 000 les journées de grande affluence. Un service de navette vers le métro de Longueuil, un parcours d’une quinzaine de minutes, sera offert aux 35 minutes.
«Aujourd’hui (lundi), on a à peu près 1000 passagers, une dizaine de vols. Il va y avoir tranquillement au cours de la semaine l’ajout de vols à chaque jour, ce qui fait que lundi prochain, on est déjà autour de 25 départs par jour pour environ 1 million de voyageurs la première année», a expliqué M. Diamond.
Son collègue Charles Roberge, prédisent et chef de la direction du Terminal YHU, dit s’attendre à une croissance rapide qui permettra d’atteindre les 4 millions par année dans environ 4 ans. «On est prêt pour la croissance. Dans le domaine aéroportuaire, il faut planifier à l’avance, sinon faire de la construction pendant qu’il y a des opérations, c’est difficile. On a eu la chance de faire la construction sans opérations, sans toutes les mesures de sécurité qui auraient été nécessaires.»
Parlant de croissance, Michael Deluce estime qu’il s’agit, pour Porter, «probablement du lancement le plus agressif d’un nouvel aéroport que le Canada ait vu. D’ici une semaine, nous allons escalader à 138 vols par semaine vers 11 destinations d’un océan à l’autre. C’est un rythme de croissance extrêmement rapide et nous planifions accroître les fréquences et les destinations. Déjà les réservations sont robustes.»
Desservir le Québec et le reste du Canada
Le MET est situé à 15 kilomètres du centre-ville de Montréal et représente une intéressante alternative pour les voyageurs cherchant à se déplacer au Québec et au Canada. Les destinations qui seront offertes couvrent une grande partie du Québec avec le transporteur Pascan alors que Porter desservira les grandes villes canadiennes d’un océan à l’autre.
Présente à l’inauguration, la ministre du Tourisme, Amélie Dionne, a dit croire que ce nouveau souffle au transport aérien en région est «une excellente nouvelle pour l’ensemble du Québec et de ses régions. Que ce soit pour des motifs touristiques, professionnels ou même familiaux, les vols au départ du MET vont contribuer à resserrer les liens entre les régions, tout en générant d’importantes retombées économiques.»
Nathalie Collin, une voyageuse de La Prairie, sur le Rive-Sud de Montréal, qui s’apprêtait à partir pour Toronto, ne tarissait pas d’éloges devant le nouveau terminal qui, surtout, lui évitait de se rendre à Dorval. «L’expérience n’est pas la même du tout, c’est beaucoup plus facile, beaucoup plus d’espace. C’est très beau, c’est très spacieux, très lumineux, et c’est génial de ne pas devoir se rendre à Dorval pour prendre un vol. Juste ça c’est merveilleux.»
Il n’y aura que des vols intérieurs au MET, cependant, l’aéroport Dorval-Trudeau détenant l’exclusivité des vols internationaux. Le MET tirera quand même un avantage de cette situation puisqu’il épargnera les longues attentes à la sécurité et le besoin d’une douane.
Acceptabilité sociale
La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, était très fière de cette nouvelle installation, surtout que la Ville et les citoyens lors de consultations, avaient mis des conditions incontournables en matière d’acceptabilité sociale. «On est fiers d’avoir collaboré avec la direction de l’aéroport pour que le projet puisse voir le jour tout en maintenant cet équilibre qui peut être délicat avec la population. Et vous pourrez toujours compter sur la Ville de Longueuil et en ma personne pour vous rappeler les paramètres d’acceptabilité sociale qui sont évidemment essentiels dans un projet d’envergure comme celui-là.»
Parmi les mesures d’acceptation sociale adoptées par le MET, on note l’interdiction des vols et des essais de moteurs la nuit et le fait de limiter l’infrastructure aux avions monocouloirs parmi les moins bruyants de l’industrie. «Il n’y aura pas de gros porteurs à Saint-Hubert, a expliqué M. Diamond. Même si la piste est assez grande et qu’on aurait pu accueillir des gros porteurs, l’Aéroport métropolitain de Montréal a été conçu que pour accepter des avions monocouloir. La distance des barrières, les voies de circulation sur la piste, tous les travaux d’infrastructures des trois dernières années, c’est pour ce qu’on appelle dans le jargon des ‘narrowbody’.»
L’aéroport de Saint-Hubert a vu le jour en 1927, devenant le premier aéroport civil au pays. Il a marqué l’histoire en recevant le dirigeable R-100 en 1930. Quelques éléments de l’aérogare rappellent d’ailleurs cet événement. Devenu un aéroport militaire en 1941, il a par la suite repris ses activités civiles à la fin des années 1960 et est notamment devenu un pôle de formation en pilotage.
La nouvelle aérogare a été construite avec des fonds privés, au coût d’environ un demi-milliard de dollars. L’installation fournira du travail à 200 personnes au moment de l’ouverture, un nombre qui doit augmenter à 500 à terme.
Aucune crainte de concurrence d’un TGV
La possibilité de voir un jour un train à grande vitesse reliant Québec à Toronto représente-t-elle une menace compétitive au MET? «D’aucune façon, réplique sans hésiter Simon-Pierre Diamond. Les besoins de transport sont criants en ce moment et on le voit dans toutes les métropoles du monde, c’est-à-dire qu’il y a un immense déficit d’infrastructures de transport, que ce soit des aéroports ou du ferroviaire. Alors il faut absolument qu’on soit capable de développer tous les modes de transport parce que sinon c’est l’économie qui écope.»
Michael Deluce n’est aucunement inquiet non plus. «Le train est déjà un compétiteur aujourd’hui. Un TGV viendrait évidemment ajouter une dynamique différente, mais l’aéroport est bien plus que Montréal-Toronto. Nous allons desservir 11 destinations au Canada. En plus, les vols servent souvent de lien pour des correspondances avec d’autres vols dans les aéroports et non seulement de service intérieur. Si le TGV se matérialise dans l’avenir, le transport aérien continuera de compléter l’offre.»

