Santé

Les médecins préconisent un recours plus généralisé à un traitement efficace contre les infections urinaires graves

«C’est un véritable signal d’alarme.»

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Les médecins préconisent un recours plus généralisé à un traitement efficace contre les infections urinaires graves. Les médecins préconisent un recours plus généralisé à un traitement efficace contre les infections urinaires graves.

Lorsque MaryAnn Bradley a remarqué que sa mère, Olga, avait soudainement du mal à s’exprimer correctement, elle a craint que cette femme de 92 ans ne soit victime d’un AVC. Elle a donc demandé au personnel de la maison de soins près de St. Catharines, en Ontario, d’appeler une ambulance.

Mais il ne s’agissait pas d’un AVC. C’était une septicémie : une réaction à une infection pouvant mettre la vie en danger et entraîner une maladie grave, des amputations, voire le décès. Les médecins ont expliqué à Mme Bradley que cela avait été causé par une infection des voies urinaires (IVU) non détectée et non traitée.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Ils lui ont administré des antibiotiques et lui ont posé une sonde d’alimentation», a raconté Mme Bradley.

Mais deux jours plus tard, Olga était décédée. «J’étais horrifiée», a confié Mme Bradley.

L’histoire de Mme Bradley revêt désormais une importance particulière alors que des chercheurs étudient comment un traitement largement sous-utilisé pourrait aider les femmes souffrant d’ITU et potentiellement réduire le risque de complications graves comme la septicémie.

Une étude, publiée dans la revue Urology, a suivi près de 1,9 million de femmes ayant souffert de deux ITU. Sous la direction de Justin LaClair, de l’Albany Medical Center, les chercheurs ont comparé l’évolution des patientes à qui l’on avait prescrit des œstrogènes vaginaux à celle des autres.

Les résultats étaient frappants. Toutes tranches d’âge confondues, les femmes à qui l’on avait prescrit des œstrogènes vaginaux présentaient des taux nettement plus faibles de septicémie, d’hospitalisation et de décès.

«J’ai été pour ainsi dire stupéfaite. Les données étaient très convaincantes. Nous avons examiné toutes les tranches d’âge et nous avons constaté un effet protecteur», a indiqué la Dre Elise De, urologue et professeure à l’Albany Medical College de New York, coauteure de l’étude avec Justin LaClair.

L’œstrogène vaginal est un traitement hormonal à faible dose, sous forme de crème ou de comprimé, qui s’applique dans le vagin et la région vaginale. Des études remontant aux années 1990 montrent qu’il contribue à réduire les infections urinaires récurrentes.

Cette nouvelle étude a impressionné la Dre Alison Fox Robichaud, médecin en soins intensifs et professeure de médecine à l’Université McMaster. Elle explique qu’elle voit régulièrement des femmes hospitalisées à la suite d’infections urinaires récurrentes.

«Comment faire en sorte que cette information parvienne aux professionnels de la santé – dont la plupart ne sont pas des urologues – qui s’occupent de femmes souffrant d’infections urinaires récurrentes?», a-t-elle demandé.

Elle prescrit des œstrogènes vaginaux aux femmes hospitalisées pour des infections urinaires à répétition, mais précise que ce traitement n’est pas largement connu.

«Je sais que lorsque je le prescrivais à l’hôpital par le passé, on me regardait d’un air perplexe, tantôt de la part des patientes, tantôt de la part du personnel infirmier », a mentionné la Dre Fox Robichaud, qui est également présidente de la Fondation canadienne contre la septicémie. «Il s’agit désormais de diffuser ces connaissances dans l’ensemble du système de santé.»

La Dre Rachel Rubin, une urologue américaine, s’est fait l’écho de ses réflexions: elle a coécrit un éditorial et a fait la promotion de l’étude dans une publication Instagram qui compte désormais plus de 3,7 millions de vues.

«Nous savons depuis les années 90 que les hormones vaginales préviennent les infections des voies urinaires, et nous devrions les utiliser», a-t-elle dit. «C’est un véritable signal d’alarme.»

Un traitement sous-utilisé

Les femmes qui ont déjà souffert d’une infection des voies urinaires affirment que les symptômes peuvent être pénibles. L’envie constante d’uriner, la sensation de brûlure et l’inconfort peuvent rendre une journée ordinaire difficile.

Des sondages montrent que jusqu’à 50% à 60% des femmes canadiennes adultes souffrent d’au moins une infection des voies urinaires au cours de leur vie. De 25 à 33 % d’entre elles souffriront d’infections récurrentes qui deviennent plus difficiles à traiter.

Les traitements peuvent inclure des cycles répétés d’antibiotiques, des conseils visant à boire davantage, à se rendre plus souvent aux toilettes et à prendre des probiotiques. Les infections des voies urinaires représentent environ 500 000 consultations chez le médecin chaque année au Canada.

«Cela pèse lourdement sur l’ensemble de l’écosystème de la vie de la patiente, sur celle de sa famille, sur sa vie professionnelle, ainsi que sur le système de santé et les prestataires de soins.»

—  La Dre Elise De

Ce que de nombreuses femmes ignorent, c’est que la baisse des taux d’œstrogènes peut jouer un rôle important.

L’hormone œstrogène contribue à maintenir la santé des tissus vaginaux et urinaires, et à contenir les bactéries nocives. Or, pendant et après la ménopause, les taux d’œstrogènes diminuent; les tissus s’amincissent, s’assèchent et deviennent plus fragiles, ce qui facilite la multiplication des bactéries et l’apparition d’infections.

Un sondage cité par la Fondation canadienne de la ménopause a révélé que 82 % des Canadiennes ne reconnaissaient pas le lien entre la ménopause et les infections urinaires. Pourtant, les lignes directrices des sociétés d’urologie américaines et canadiennes ont été mises à jour en 2025 afin de recommander la prescription d’œstrogènes vaginaux aux femmes en périménopause et postménopausiques souffrant d’infections urinaires récurrentes.

Bien qu’aucune donnée publiée n’indique combien de Canadiennes se voient prescrire des œstrogènes vaginaux à cette fin, les données provenant d’autres pays indiquent que ce taux est universellement faible, puisque seulement environ 5% à 25% des femmes souffrant d’infections urinaires chroniques reçoivent ce traitement.

Justin LaClair affirme que la dernière étude a confirmé un taux d’adoption très faible aux États-Unis, d’après le groupe de femmes étudié. «Seulement environ 5,1% des femmes ont reçu des œstrogènes vaginaux dans les deux mois suivant le diagnostic d’une infection urinaire récidivante», a-t-il avancé.

Lutter contre la désinformation

La confusion entourant l’utilisation des hormones pourrait contribuer au problème, selon la Dre Elise De.

Le traitement hormonal de substitution, administré dans tout l’organisme au moyen de timbres, de crèmes ou, auparavant, de comprimés, était considéré comme dangereux et associé au cancer du sein dans les années 1980. Une analyse plus récente des données a montré que le risque était bien moindre et que le THS présentait des avantages supplémentaires, notamment en matière de maladies cardiaques et de densité osseuse. Certaines recherches suggèrent également un effet bénéfique sur la santé cérébrale.

«Depuis des années, nous luttons véritablement contre cette désinformation concernant les risques liés à l’œstrogène, et l’œstrogène vaginal est différent de l’œstrogène systémique», a-t-elle rapporté.

Œstrogène vaginal Œstrogène vaginal (CTV News)

Toujours selon la Dre Elise De, l’œstrogène vaginal agit uniquement dans une zone spécifique: la région urinaire et vaginale.

En effet, les mises en garde encadrées en noir concernant l’œstrogène vaginal à faible dose ont été retirées par la FDA en 2025, et une mesure similaire est actuellement à l’étude au Canada. Mme De suggère que les personnes bien informées s’orientent vers son utilisation pour prévenir les infections urinaires avant qu’elles ne surviennent.

«Je peux vous dire que toutes les urologues, toutes les urologues que je connais qui sont en périménopause, ont commencé à prendre des œstrogènes vaginaux sans attendre leur première infection des voies urinaires», a ajouté la Dre De.

Tout cela est nouveau pour Mme Bradley qui, à 71 ans, souffre désormais d’infections des voies urinaires et s’inquiète des conséquences possibles. «J’ai peur», a-t-elle avouré.

C’est pourquoi elle prévoit discuter prochainement de cette étude avec l’un de ses médecins. «Je ne veux pas finir comme ma mère», a-t-elle ajouté. «Je ne l’ai découvert (qu’elle avait une infection urinaire) qu’aux urgences.»

MaryAnn Bradley exhorte les familles à faire preuve de vigilance si l’état de santé d’un proche change soudainement, en particulier chez les personnes âgées, car une prise en charge médicale rapide d’une infection urinaire pourrait empêcher celle-ci d’évoluer vers une septicémie.