Cette rentrée scolaire marque la deuxième depuis que le gouvernement québécois a interdit, en 2025, l’utilisation des téléphones cellulaires dans les écoles.
La première année de cette expérience s’est «très bien passée», selon le président de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Richard Bergevin.
Ce dernier affirme que les enseignants constatent que les élèves sont plus engagés dans leur apprentissage et qu’ils socialisent plus souvent entre eux. Un constat que semblent corroborer les experts consultés par La Presse Canadienne et qui correspond aux conclusions du rapport concernant l’essai pilote de cette mesure, menée à l’école secondaire d’Oka en 2024.
Ce retour à une socialisation organique a pu laisser transparaître certaines lacunes chez les élèves, a noté Carolane Campeau, chargée de cours à l’Université Sherbrooke et conseillère pour l’initiative PAUSE, qui visent une utilisation plus équilibrée et consciente des écrans.
Elle a rapporté que des personnes avaient mentionné «de façon anecdotique» que certaines compétences sociales ne semblaient pas avoir été bien pratiquées avant.
«Je me rappelle d’avoir entendu dans une entrevue une enseignante qui parlait même du bruit de comment les jeunes se parlaient, que c’était très très fort», a-t-elle raconté. Elle a ajouté que certains de ces manques d’apprentissages sociaux pouvaient également mener à certaines tensions.
«C’est facile de se réfugier derrière l’écran quand on a un certain malaise. On peut penser aux élèves; le fait de jaser entre eux, ça demande quand même beaucoup plus d’efforts que de prendre son cellulaire et faire autre chose.»
— Carolane Campeau, chargée de cours à l’Université Sherbrooke et conseillère pour l’initiative PAUSE
La chercheuse note que cela peut s’accompagner d’une difficulté à gérer l’anxiété chez certains élèves qui étaient habitués à trouver refuge dans leurs écrans.
Le rapport d’Oka note que près de 40 % des jeunes filles mentionnaient des difficultés face à l’anxiété comme conséquence négative du retrait des cellulaires, contre environ 20 % des garçons.
Si les élèves ont pu faire face à certains défis, M. Bergevin note que les écoles aussi ont dû s’adapter à la nouvelle loi.
Il a donné pour exemple que les écoles doivent désormais déployer des ressources supplémentaires pour faire respecter les règles et pour fournir des solutions de rechange aux écrans.
Andréanne Gagné, professeur titulaire au département d’étude sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval, dit également avoir constaté que les écoles «se sont très bien adaptées. C’est-à-dire que la majorité des écoles, ils ont eu peu de temps pour s’adapter, ils ont fait un bon travail ensemble.»
Elle note que ce constat est avant tout anecdotique, aucune donnée n’étant encore sortie pour l’ensemble du Québec au sujet de l’interdiction des cellulaires.
Garder l’appui des parents
Si les écoles doivent s’adapter à la nouvelle réalité, les parents doivent en faire de même. Les téléphones, bien qu’ils puissent facilement distraire un élève à l’école, demeurent un outil de communication rapide sur lequel plusieurs parents ont appris à dépendre.
C’est ce qu’a également rapporté Mme Gagné. «Ce qui semble plus manquer aux parents, puis aux enfants principalement, c’est le mode de communication, a-t-elle souligné. Pour les parents c’est difficile de ne pas pouvoir communiquer avec leurs enfants, et vice-versa».
Si les données manquent encore au Québec pour corroborer officiellement ces constants, un rapport du Bureau d’examen de l’éducation de la Nouvelle-Zélande, qui conseille aux écoles d’interdire les cellulaires depuis 2024, note que 54 % des élèves n’ayant pas respecté l’interdiction ont donné le fait de contacter un membre de leur famille comme raison. Il s’agit de la justification la plus souvent évoquée par les contrevenants.
M. Bergevin note que les parents québécois semblent s’être pour la plupart adaptés à la situation, changeant leur habitude de texter leurs enfants au cours de la journée pour plutôt tenter de les rejoindre après la sortie des classes.
La responsabilité des parents ne se limite cependant pas qu’à l’école, remarque Mme Campeau. L’expérience d’Oka a vu de nombreux parents rapporter qu’ils avaient plus de difficulté le temps d’écran de leur jeune à la maison, comme s’il y avait un effet de rattrapage du temps «perdu» à l’école.
Elle soutient qu’il faut une certaine cohérence dans l’utilisation. «Si à l’école on parle de l’importance d’avoir de bonnes habitudes numériques et de bien gérer son temps, à la maison aussi, il faudrait qu’il y ait une suite à rapport à ça».

