Économie

Les médicaments amaigrissants, une aubaine pour les pharmacies des supermarchés

La popularité d’Ozempic et d’autres médicaments à base de GLP-1, traditionnellement utilisés pour traiter le diabète de type 2, a explosé ces dernières années.

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Des boîtes du médicament contre le diabète Ozempic dans une pharmacie de Toronto, le 19 avril 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Joe O'Connal Des boîtes du médicament contre le diabète Ozempic dans une pharmacie de Toronto, le 19 avril 2023. LA PRESSE CANADIENNE (Joe O'Connal)

Alors que les magasins à bas prix ont récemment constitué un point fort pour les grandes chaînes de supermarchés, d’autres entités ont connu, dans l’ombre, un véritable boom des ventes: leurs pharmacies. Ce phénomène s’explique en grande partie par la hausse des ventes de médicaments amaigrissants.

La popularité d’Ozempic et d’autres médicaments à base de GLP-1, traditionnellement utilisés pour traiter le diabète de type 2, a explosé ces dernières années grâce à leurs effets secondaires amaigrissants. À mesure que des versions génériques moins chères se généralisent, leur utilisation ne devrait cesser de croître.

Le sémaglutide, ou GLP-1, est le principe actif de médicaments tels que l’Ozempic.

Pour les supermarchés disposant d’un rayon pharmacie, les signes de cette croissance sont déjà visibles dans leurs résultats financiers.

Loblaw, propriétaire de Shoppers Drug Mart et de Pharmaprix, a fait état d’une hausse d’environ 40 % des ventes de GLP-1 au cours de chacun des deux derniers trimestres.

«Nous commençons à constater l’impact de la mise en vente des médicaments à base de GLP-1. Il est encore très tôt, mais les premiers signes sont encourageants», s’est réjoui Per Bank, directeur général de Loblaw, lors d’une conférence téléphonique avec les analystes en juillet.

Les dirigeants de Loblaw prévoient une croissance à deux chiffres des ventes de GLP-1 en 2027.

Eric La Flèche, directeur général sortant de Metro, a tenu des propos similaires lors de la conférence téléphonique sur les résultats du mois dernier. Metro est propriétaire des pharmacies Jean Coutu.

«Les fondamentaux de la demande restent solides, avec de premiers signes d’une adoption accrue par les patients et d’une hausse des volumes de prescriptions», a-t-il affirmé.

Le chiffre d’affaires des pharmacies en magasin de Loblaw a progressé de 4,6 % au cours de son dernier trimestre, tandis que celui de Metro a augmenté de 4,8 %. Ces deux chiffres ont dépassé ceux enregistrés dans le secteur alimentaire. Cette progression a été tirée par la catégorie des médicaments sur ordonnance.

Même si les versions génériques de ces médicaments entraînent une baisse des prix, la croissance en volume reste globalement positive.

«À mesure que l’offre de génériques continue de se développer, nous prévoyons que l’expansion continue de la catégorie GLP-1 entraînera une croissance du volume et de la contribution se situant dans la fourchette basse des 10 %», a dit M. La Flèche aux analystes.

«Cela indique que la hausse des volumes devrait plus que compenser une part significative de la pression sur les prix liée à la généralisation», a avancé Kathleen Wong, analyste chez Veritas, dans une note sur les résultats trimestriels de Metro publiée en août.

«La déflation des prix qui en résulte est donc susceptible d’exercer une pression sur le chiffre d’affaires des pharmacies à périmètre constant, mesuré en dollars, mais l’expérience initiale de Metro suggère qu’une accessibilité accrue et des volumes de prescriptions plus élevés peuvent compenser une partie de cette pression au niveau de la contribution», a-t-elle expliqué.

Santé Canada a jusqu’à présent approuvé trois produits génériques à base de sémaglutide et continue d’en examiner d’autres. C’est le premier pays du G7 à agir ainsi.

«On l’appelait autrefois le médicament des riches. Il était onéreux, mais aujourd’hui, avec l’arrivée des génériques, sa pénétration augmente, car son coût a baissé et davantage de personnes peuvent se le permettre», a affirmé Amar Singh, directeur senior et responsable des études sur le commerce de détail canadien chez Kantar, lors d’un entretien.

La moitié des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage Léger réalisé en mars ont déclaré qu’une prise en charge par l’assurance ou un générique moins cher les inciterait davantage à utiliser un GLP-1. Plus de la moitié ont cité la perte de poids comme principale raison de prendre ce médicament.

Au moment de l’enquête, 8 % des personnes interrogées — soit trois millions de Canadiens — suivaient un traitement à base de GLP-1 sur ordonnance.

Avec la disponibilité croissante des génériques sur le marché, M. Singh s’attend à ce que le taux d’utilisation passe à environ 20 % d’ici deux ans.

Cette hausse intervient alors que Loblaw et Metro étendent leurs réseaux de pharmacies. Loblaw a ouvert environ 200 magasins au cours des trois dernières années, dont près de la moitié sont des pharmacies, a précisé Mme Wong.

Par ailleurs, Empire a racheté le mois dernier neuf pharmacies Morelli’s en Ontario, déjà implantées au sein de certains supermarchés Longo’s.

Personnaliser l’expérience client

Jo-Ann McArthur, présidente de Nourish Food Marketing, a déclaré que la popularité croissante des médicaments amaigrissants pourrait constituer une occasion pour les distributeurs alimentaires de personnaliser l’expérience client, d’autant plus que les attitudes vis-à-vis de l’alimentation évoluent chez les utilisateurs de ces médicaments.

Par exemple, elle a indiqué que les distributeurs pourraient proposer des aliments compatibles avec les traitements à base de GLP-1 et offrir des services de planification des repas au moyen de leurs applications de fidélité, fournir des conseils de santé aux personnes sous traitement ou non, simplifier l’étiquetage et promouvoir des produits adaptés aux traitements amaigrissants.

À la fin de l’année dernière, Loblaw a lancé un programme en ligne de gestion du poids permettant aux utilisateurs de prendre contact avec des professionnels de la santé et de vérifier s’ils remplissent les conditions requises pour prendre ces médicaments.

«C’est en proposant davantage de services et de conseils, et en facilitant tout simplement la fidélisation des consommateurs, qu’ils génèrent le plus de bénéfices», a souligné Loblaw.

Ritika Dubey

Ritika Dubey

Journaliste