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Les adversaires politiques de la CAQ ne croient pas aux ambitions du gouvernement.
Dans le contexte des menaces tarifaires de Donald Trump, les oppositions à Québec ont mis à mal le budget Girard déposé mardi en remettant en question la crédibilité de celui-ci, particulièrement en ce qui concerne le plan du gouvernement Legault pour revenir à l'équilibre budgétaire prévu pour 2029-2030.
Tant le Parti libéral du Québec (PLQ) que le Parti québécois ont évoqué le «manque de crédibilité» de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans sa planification pour assainir l'économie de l'État.
«Un nouveau déficit record», a déploré le porte-parole de l'opposition officielle en matière de Finances et d'Économies, Frédéric Beauchemin. Le libéral a dénoncé «le double échec de la CAQ» qui a présenté mardi un déficit record de 13,6 milliards et «moins de services».
Même son de cloche du côté du PQ. Le chef Paul St-Pierre Plamondon estime que le gouvernement Legault n'arrivera pas à atteindre l'équilibre budgétaire comme présenté dans le budget.
«Nous étions devant le pire déficit et nous sommes à nouveau devant le pire. La CAQ a battu son propre record», a souligné «PSPP» lors d'une conférence de presse.
De son côté, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, croit que ce «déficit historique» a été occasionné par la CAQ et «ses erreurs répétées».
«Si on se retrouve dans le pire déficit, c'est que les dépenses dépassent les revenus», a lancé le conservateur en évoquant les investissements publics dans Northvolt ou Lion électrique qui sont désormais en danger.
Du côté de Québec solidaire (QS), la responsable en matière de Finances, Alejandra Zaga Mendez, et le responsable en matière de Trésor, Vincent Marissal, trouvent que la CAQ «empire» la situation d'affrontement commercial avec Donald Trump et ses tarifs, avec un budget de compressions.
«Tout le Québec a compris qu’on s’en va en récession et que les tarifs de Trump vont faire extrêmement mal – et que fait la CAQ? Elle en rajoute une couche!» a réagi Mendez dans un communiqué. Pour la solidaire, ce budget est un «triple coup dur pour les Québécois»: «comme consommateurs qui paient les tarifs, comme travailleurs qui risquent de perdre leur job, et comme utilisateurs des services publics qui sont coupés par l’austérité caquiste.»
Pourtant, le gouvernement Legault croit toujours pouvoir éviter une récession malgré la «grande incertitude économique» liée aux tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis.
Le ministre Eric Girard juge que l'administration Trump n'aurait pas intérêt à mener une guerre commerciale prolongée contre le Canada.
«Il faut comprendre que la menace tarifaire, si elle était exécutée, elle aurait pour effet de réduire la croissance et d'augmenter les prix.»
Le ministère prévoit que l'économie affichera une croissance de 1,1 % en 2025 et de 1,4 % en 2026. Cela se compare à une croissance de 1,4 % en 2024.
Le gouvernement estime que la croissance aurait été encore plus forte sans les menaces de l'administration Trump. Les droits de douane américains retrancheraient 0,7 point de pourcentage au taux de croissance des années 2025 et 2026, toujours selon les prévisions du budget.
À un journaliste qui lui a demandé d'évaluer la probabilité d'une récession, M. Girard a évoqué une probabilité d'entre 40 % et 50 %. «S'il y a des tarifs, il y a aura fort probablement une récession en Amérique du Nord, pas seulement au Québec», prévient le ministre.
Dans son budget, le ministère des Finances évoque également un scénario alternatif, où l'économie serait plus durement frappée par les droits de douane de l'administration Trump.
Dans ce scénario, des droits de douane de 25 % sur toutes les exportations québécoises vers les États-Unis seraient en vigueur deux ans, à l'exception de l'énergie à 10 %.
Dans ce cas, l'économie reculerait de 0,1 % en 2025 et enregistrerait une plus faible progression de 0,5 % en 2026.
Si jamais le scénario pessimiste venait à se concrétiser, M. Girard affirme que la loi budgétaire devrait être modifiée pour repousser l'échéancier du retour à l'équilibre, au-delà de 2029-2030.
Le porte-parole de l'opposition libérale en matière d'économie, Frédéric Beauchemin, a accusé le gouvernement de mettre des «lunettes roses» avec ses prévisions économiques.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, juge que les prévisions du gouvernement ne sont pas crédibles. «Le plan de retour à l'équilibre budgétaire n'est pas crédible et n'aura probablement jamais lieu', a dit le chef souverainiste.
La présidente-directrice générale de l'Institut du Québec (IDQ), Emna Braham, juge que les hypothèses du gouvernement sont `optimistes', que ce soit pour la croissance économique, pour le rythme d'augmentation des dépenses inférieur à l'inflation ou pour l'augmentation prévue des revenus.
L'économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean, juge que les prévisions économiques du gouvernement sont optimistes «compte tenu de la trajectoire dans laquelle on est». «Il y a tellement de scénarios possibles, que je ne peux pas dire que leur scénario est irréaliste», nuance-t-il.
Desjardins a récemment rajusté ses prévisions économiques et anticipe que le Québec tombera en récession en raison des tensions commerciales.
M. Girard s'est défendu d'avoir fait des prévisions économiques trop optimistes. «On est à la médiane du secteur privé.»
Le ministre a nuancé l'écart qu'il y avait entre les prévisions du gouvernement et celles de Desjardins. Sur l'année 2025, Desjardins anticipe toujours une croissance économique de 0,9 %. «On est à 1,1 %», a nuancé M. Girard.
Avec de l'information de Guillaume Théroux pour Noovo Info.