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Chronique |

Comment humilier un chef d’État

Accusé récemment par Trump d’être un « dictateur sans élections » et d’avoir été l’instigateur du conflit militaire avec la Russie (!), le président Zelensky se voit, à son tour, pris au piège.

Reportage vidéo :

Le titre de la chronique aurait aussi pu s’intituler, « Trump, tel un terroriste ». Après tout, s’il existe une façon de réveiller une humanité apathique, c’est bien par l’utilisation des mots appropriés. Certains diraient même, forts, des mots très forts. D’autres, trop.

Parce qu’à force de pervertir la réalité par un lexique timoré, on en vient à perdre toute forme de boussole morale. Un exemple ? Que serait-il advenu, il y a 10 ans à peine, de politiciens exécutant des saluts nazis, sourire aux lèvres ? Réponse : leur mise au ban irrévocable et irréversible de la sphère publique.

Aujourd’hui ? Des applaudissements et autres des hochements de têtes d’indifférence. Ceux qui, rarissimes, oseront s’objecter haut et fort devant cette néo-émanation hitlérienne se verront accuser « d’halluciner ».

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À VOIR | Intégrale de l'échange tendu entre Trump, Vance et Zelensky (source: CNN)

Le monde à l’envers, en bref. Des méchants devenus socialement acceptables, et vice-versa. 

La définition du terrorisme, donc, dixit le Larousse : 

Ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation ou un individu pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système.

N’est-ce pas précisément, sans nuances ni ambages, le principe même du trumpisme 2.0 ? Prises en otage — pour l’instant au sens intellectuel ou figuré — innombrables sont les victimes récentes de ce chantage éhonté, de ces tactiques d’intimidation bon marché, de cette violence mensongère récrivant le narratif public.

Parlez-en au Panama, menacé d’agression militaire pure et simple par le Donald reluquant avec envie le Canal. Idem pour le Danemark et son Groenland. Re-idem pour les Palestiniens de Gaza, avec cette vidéo surréaliste de Riviera méditerranéenne et ses effluves de ce qui semble être du nettoyage ethnique, merci aux velléités expansionnistes immobilières « Trump Gaza ».

Non en reste, le Canada attend lui aussi son tour, l’épée de Damoclès de tarifs absurdes au-dessus de sa tête jusqu’à ce qu’on lui impose un « redécoupage » des frontières canado-américaines

Rappelons aussi que les menaces d’annexion, qu’elles soient militaires ou économiques, constituent un crime d’agression en vertu du Statut de Rome.

Voilà qui résume, sans forcer, le modus operandi de la nouvelle administration américaine : faire s’écrouler ses cibles par la peur afin de parvenir à ses fins, viles et abjectes évidemment, sans respect des règles applicables. Et l’ensemble de ce qui précède se produit en simultané, un peu comme une série d’accidents de char en temps réel. 

Le dernier carambolage en lice ? Celui de l’Ukraine. Tout un, à part ça. Accusé récemment par Trump d’être un « dictateur sans élections » et d’avoir été l’instigateur du conflit militaire avec la Russie (!), le président Zelensky se voit, à son tour, pris au piège. 

Parce que ce que Donald souhaite, Donald aura. Et on parle, en l’espèce, de réserve de minéraux rares dont regorge l’Ukraine. Le lithium, notamment, drôlement pratique en termes de fabrication de… véhicules électriques. S’ajoute à ce qui précède une multitude d’hydrocarbures, également convoités par Washington et ses sbires commerciaux.

Poussant l’outrecuidance au paroxysme, le président américain refuse d’inviter Zelensky et autres pays européens aux « négociations », s’abreuvant plutôt à la seule fontaine de Poutine, et ce, sous l’œil bienveillant de… l’Arabie saoudite. Avis à mes amis écrivains de science-fiction : changez de job, la réalité vient de vous la voler. 

Évidemment conscient de l’absence de rapport de force et des conséquences de refuser l’entente forcée, l’élu ukrainien accepte à contrecœur de se rendre à la Maison-Blanche, histoire de rendre formelle l’humiliante et inique capitulation orchestrée.

Fort d’une mise en scène digne des pires théâtres, les piques du bully en chef n’ont su tarder. Manifestement terrorisée, la dernière victime tentera une réplique polie, aux allures mièvres. Et voilà justement ce qu’attendait l’intimidateur : tirer profit de la moindre opposition et du refus d’aplaventrisme absolu. Traquée dans le piège tendu, sans réelle possibilité d’autodéfense sincère, Zelensky aura maintenant à subir les foudres trumpistes et de celles de J.D. Vance, vice-casseur de jambes attitré. 

Des images me sont alors venues en tête. Celles, trop souvent classiques, de la cour d’école. Là où les plus vulnérables se faisaient joyeusement casser la gueule devant un large troupeau estudiantin, curieux ou ahuri. 

Les coups, en rafale, pleuvent : 

– Vous vous êtes mis en très mauvaise posture !

– Vous n’avez aucune carte en main !

– Concluez un accord (avec la Russie) ou nous vous laissons tomber ! 

Expulsés des lieux, le président ukrainien et sa suite se sont vu servir une dernière baffe, cette fois par l’entremise des réseaux sociaux : 

– Il a manqué de respect aux États-Unis ! 

– Il pourra revenir quand il sera prêt à la paix, d’assener le Donald du haut de Truth Social. 

Dixit l’adage : 

Ne prendre personne en otage, et ne jamais négocier avec les terroristes

Noble et légitime, certes. 

Mais probablement issu d’un monde ancien. 

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