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Les mots que l’on choisit de porter ne sont jamais neutres. Ils sont toujours le reflet de dynamiques de pouvoir. Même un silence peut être politique.
Les mots que l’on choisit de porter ne sont jamais neutres. Ils sont toujours le reflet de dynamiques de pouvoir. Même un silence peut être politique.
Parfois, il s’agit d’un silence pour faire place à celles et ceux dont la voix se doit d’être amplifiée. Ça peut aussi consister en un silence de solidarité pour rendre hommage à celles et ceux dont la voix s’est éteinte. Le silence peut aussi être l’illustration d’un privilège, celui d’avoir l’option de se taire et détourner le regard face à une horreur pour laquelle d’autres ne peuvent se défaire. Pouvoir parler, verbaliser l’horreur, et surtout être entendu dans ses doléances constitue également une autre forme de privilège.
La première fois que j’ai entendu parler du « conflit » israélo-palestinien, j’étais au secondaire dans mon cours de Monde contemporain. Je me souviens grosso modo des mots de notre enseignante qui nous expliquait qu’il s’agit de l’un des « conflits » les plus complexes faisant rage à l’heure actuelle, et ce, en raison de ses dimensions historiques, politiques et religieuses.
En vieillissant, j’ai réalisé que le mot « conflit » qui tapissait les pages de nos manuels scolaires de l’époque n’était pas anodin.
Un conflit présuppose une opposition entre deux parties qui luttent à armes égales. Recourir à ce mot est malhonnête. « Conflit » occulte l’asymétrie du rapport de pouvoir entre l’État d’Israël et la Palestine. De la même façon dont on décrie, à juste titre, les expressions « chicane de couple » ou « drame familial » régulièrement employées dans les grands médias lors de féminicides en contexte de violence conjugale.
Bien sûr qu’il faut dénoncer et déplorer avec vigueur le meurtre de personnes civiles innocentes commis par le Hamas. Néanmoins, il est crucial de dire que ce « conflit » n’a pas débuté le 7 octobre dernier. Faire silence sur le contexte historique des 100 dernières années participe au phénomène d’indignation sélective et d’amnésie collective.
Selon un récent rapport d’Amnesty International, depuis sa création en 1948, l’État d’Israël et ses gouvernements successifs, ont instauré et cherchent à maintenir un système d’apartheid contre la population palestinienne. Concrètement, cela signifie que les autorités israéliennes restreignent de façon draconienne les déplacements et ont recours à des détentions dans lesquelles se produisent des actes de tortures et des meurtres, entre autres.
Selon Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International : « La communauté internationale doit agir sans attendre pour éviter [que Gaza] ne devienne un cimetière géant », considérée depuis les seize dernières années comme étant « la plus grande prison à ciel ouvert du monde. »
Au début du mois, de nombreux médias ont rapporté les conclusions d’un rapport d’Human Rights Watch selon lequel les autorités israéliennes avaient eu recours au phosphore blanc — une arme chimique incendiaire qui cause des souffrances physiques et psychologiques atroces — au Liban et à Gaza, les 10 et 11 octobre derniers.
On comprend donc que les autorités israéliennes instaurent une punition collective, interdite en droit international. Autrement dit, l’État d’Israël fait payer les civils palestiniens (dont la moyenne d’âge est de 18 ans seulement) pour l’attaque du Hamas du 7 octobre dernier.
Dans une dépêche de l’Agence France-Presse, Ravina Shamdasani, la porte-parole du Haut-Commissariat des droits de l’homme, lors du breffage régulier de l’ONU à Genève, déclarait : « Nous sommes préoccupés par le fait que des crimes de guerre soient commis. Nous sommes préoccupés par la punition collective infligée aux Gazaouis en réponse aux attaques atroces du Hamas, qui constituent elles aussi des crimes de guerre ».
Soulignons que les dernières élections en Palestine ont eu lieu le 25 janvier 2006 (celles prévues pour mai 2021 ayant été reportées). Ainsi, la majorité de la population palestinienne n’était pas en âge de voter ou n’était carrément pas née à cette époque.
Ce « conflit », qui prend ancrage dans une histoire coloniale, et ses terribles derniers soubresauts sont dénoncés par des individus de toute confession religieuse — notamment juive, musulmane et chrétienne. L’actualité des derniers jours ravive des blessures à toutes les personnes descendantes de peuples ayant connu la colonisation, la dépossession et la domination, mais aussi à celles et ceux qui la subissent toujours de plein fouet.
Toutefois, notre existence est le testament de la résistance de celles et ceux qui nous ont précédés. Les manifestations monstres en appui à la Palestine, dans de nombreuses villes du globe — même lorsque certaines ont été interdites, comme en France — en est la preuve vivante. Nous sommes des marées humaines à avoir soif de justice, de dignité et de paix.
Face à cette tragédie innommable qui se déploie actuellement sous nos yeux contre les enfants de Gaza, et ce, avec la complicité des États les plus puissants du monde (incluant le Canada), la moindre des choses serait que nos dirigeants arrêtent de tourner autour du pot et des mots et exigent de façon claire et nette un cessez-le-feu à Gaza.